De la déconstruction des stéréotypes à l’égalité des genres

On parle donc des idées reçues (parfois très répandues) sur les hommes, les femmes et.ou la science. N’avez-vous jamais entendu dire que les femmes ont un mauvais sens de l’orientation mais qu’elles savent mieux faire deux choses à la fois que les hommes ? N’avez-vous jamais entendu dire que les filles sont moins douées que les garçons en mathématiques et en informatique, ou alors qu’elles sont moins compétitives..?

Avec WAX Science, on cherche à promouvoir une science ludique et sans stéréotypes. On veut montrer que les idées reçues sur la science et le genre sont souvent fausses, que la science c’est chouette, accessible à tou.te.s. Pas besoin d’un BAC +100 en géométrie non euclidienne pour avoir le droit de s’intéresser aux sciences de l’univers, de donner son avis et ses idées sur les avancées des biotechnologies ou sur l’utilité des changements d’heure en hiver. Des jeunes ou des enfants qui s’amusent, créent des jeux et des règles, imaginent des situations et des raisons improbables, organisent et testent leurs idées, apprennent et comprennent en faisant des erreurs et sans forcément beaucoup d’encadrement… c’est peut-être ça avoir l’esprit scientifique ! Et pour bien apprendre et transmettre au sein d’un collectif, ça nous semble logique et indispensable que la mixité et la parité soient à l’honneur, des clefs indispensables pour déconstruire les stéréotypes à l’œuvre dans nos sociétés. Alors on les prend toujours avec nous !

Avant tout, c’est quoi un stéréotype ?!

Étymologiquement, un stéréotype est un fort ressenti, une solide impression à propos d’une situation, d’un objet, d’une activité ou encore de quelqu’un.

Partant de cette définition, il semble normal que plus l’on grandit, plus on accumule des stéréotypes, au fil des expériences vécues. Grandir, faire plein de choses, les répéter, observer et conscientiser, imprimer des façons de faire, s’imprégner de manières de croire, de parler, rencontrer des personnes et des cultures… Prenons un exemple pour éclairer la notion de stéréotype. Imaginez-vous avoir grandi dans une région où toutes les personnes de petite taille courent très vite (ne me demandez pas pourquoi, imaginez juste). Votre expérience vous chuchotera que toutes les personnes de petite taille courent très vite. Or rien ne vous assure que les nain.e.s qui se trouvent en Arctique sont rapides à la course (en plus c’est galère de courir sur la glace). Donc si vous affirmez dur comme fer que toutes les personnes de petite taille courent très vite, vous exprimez en réalité votre propre stéréotype. À tort ou à raison ? Il n’y a pas de mal à s’exprimer librement. Toutes les paroles qui sortent de nos bouches doivent-elles obligatoirement être vraies pour le monde entier ? Ou juste pour nous-mêmes ? Parce qu’on en balance à vau-l’eau et à longueur de journées des stéréotypes, ces généralités des fois élogieuses, parfois médisantes, toujours fausses d’un point de vue épistémologique mais bien réelles et impactantes d’un point de vue social.

 

En prenant un gros raccourci, si on écoute trop nos propres stéréotypes, qu’on attache trop d’importance à notre expérience vécue sans prendre le recul nécessaire pour voir que notre expérience n’est pas forcément la même que celles des autres, le préjugé s’enracine en nous, affecte nos pensées, voire même se transforme en discrimination à la saison de l’extériorisation. D’où viennent nos intolérances, nos passions et pulsions ? La distinction entre stéréotype, préjugé et discrimination aide à clarifier cette progression. Mais alors, quand est-ce qu’on les entend ces stéréotypes ?

Des stéréotypes liés au genre, à la science ?

On parle donc des idées reçues (parfois très répandues) sur les hommes, les femmes et.ou la science. N’avez-vous jamais entendu dire que les femmes ont un mauvais sens de l’orientation mais qu’elles savent mieux faire deux choses à la fois que les hommes ? N’avez-vous jamais entendu dire que les filles sont moins douées que les garçons en mathématiques et en informatique, ou alors qu’elles sont moins compétitives ?

« Les scientifiques sont ces vieux barbus à lunettes avec les cheveux en pétard et une calvitie. »

« La science c’est pour les intellos, pour celles et ceux qui lèchent les baskets des profs ! »

« Je ne comprendrai jamais la psychologie féminine… »

« Les femmes ne sont bonnes qu’à cuisiner et élever les enfants. »

« Les hommes qui travaillent dans le domaine de la petite enfance sont des pédophiles… »

Etcetera, etcetera…

Vous y croyez ?!

Pourquoi les déconstruire ?

L’objectif n’est pas simplement ici de déplorer ces dires et d’attaquer personnellement les personnes qui en sont les auteur.e.s mais plutôt d’aider à créer des échanges pour mieux identifier nos propres stéréotypes, en comprenant leurs origines et leurs liens avec nos expériences personnelles. À partir de là nous pouvons prendre le recul nécessaire pour déconstruire les stéréotypes que l’on juge néfastes, péjoratifs, abaissants pour nous ou vis-à-vis des autres. Faut-il exprimer nos peurs et haines ? nos rêves et ambitions ? Comment faciliter une prise de conscience sur notre vision singulière de la place des femmes et des hommes dans les sciences et la société ? Nous n’avons pas tou.te.s les mêmes avis sur tout, heureusement. Par contre il y a quand même des sujets sur lesquels il faut (apprendre à) s’accorder ! L’égalité entre les êtres humains en est un.

Les rôles modèles

  • Êtes-vous capable de citer une femme scientifique ?

Au moment où vos yeux se sont appesantis ou ont survolé les mots « femme scientifique » le nom de Marie Curie vous est certainement venu à l’esprit. Inspiration centenaire ou flegme de facilité ? Et si on vous demande d’en citer 2 ? 3 ? 5 ? Plus difficile déjà, non ? 10 ?! Et des hommes scientifiques ? On en connaît généralement un certain nombre, même si l’on ne se considère pas scientifique… Pourtant plein de femmes ont fait les sciences d’hier et font celles d’aujourd’hui. Pourquoi ne les connaît-on pas ? Peut-être parce qu’on en entend trop rarement parler. Peut-être parce que dans les manuels scolaires la majorité des scientifiques cité.e.s sont des hommes. Peut-être que les femmes sont plus fréquemment invisibilisées. 

…On en profite pour présenter l’exposition de WAX Les Découvreuses Anonymes, développée en partenariat avec Animafac, pour pallier un peu ce manque de rôles modèles féminins en science ! Et aussi d’autres initiatives comme le projet Beyond Curie ou encore cet article qui présente d’autres rôles modèles. Parce qu’il ne faut pas croire que la mixité et la parité en sciences sont reines en France. Au niveau européen, nous sommes même l’un des pays avec la plus faible proportion de femmes chercheuses (seulement 26% en 2017, source UNESCO).

 

 

Mémorisation et reproduction de la figure complexe de Rey

La figure complexe de Rey a été introduite lors d’une expérimentation menée en 2007 (Stéréotypes de genre et performances cognitives, Huguet & Régner (2007), JEP, 99, 545-560). Deux classes d’enfants d’une dizaine d’années ayant grosso modo le même niveau scolaire sont choisies. À la première classe est proposé un test, une épreuve de géométrie. À la seconde classe, on dit que le test est une épreuve de dessin. Dans les deux cas, les élèves ont quelques minutes pour mémoriser la figure complexe de Rey avant de devoir la reproduire de tête. À la suite de cette expérience, les résultats sont sans appels. Lorsque l’activité est présentée comme un test de mathématiques, les résultats des garçons sont meilleurs que ceux des filles. Lorsque l’activité est présentée comme un test de dessin, les résultats des filles sont plus élevés que ceux des garçons… Et lorsqu’on réitère l’expérience avec deux autres classes, mais que cette fois les filles et les garçons sont séparé.e.s pendant le test, surprise ! Les résultats des filles et des garçons sont semblables, kiff kiff.

Comment peut-on interpréter cette expérimentation ? Est-ce que ça signifie que les garçons sont naturellement meilleurs que les filles pour les mathématiques ? Que les filles sont des artistes dans l’âme comparées aux garçons ? Pas du tout ! Cela signifie avant tout que l’environnement d’apprentissage (mixte ou non-mixte ici) et les manières avec lesquelles on présente ou on accueille une activité sont des facteurs qui jouent énormément sur l’attention et la motivation des élèves. Le poids de la comparaison – en situation non-mixte, les résultats sont équivalents entre les sexes – et les idées (déjà) reçues semblent habiter nos têtes dès le plus jeune âge. À l’entente du mot « maths », à l’idée de faire quelque chose qui ne nous correspond pas, l’envie (et la capacité par la même) d’apprentissage se verrouillerait. En particulier selon l’étude, les filles, quand elles sont avec les garçons, se désintéresseraient et.ou se bloqueraient en maths. Toujours en situation mixte, les garçons s’inhiberaient quand on parle de dessin. D’où vient ce blocage ? Est-ce inné, programmé depuis la naissance ? Un rejet des mathématiques et du dessin, un dégoût des arts et des sciences est-il inscrit dans les gènes ? Ou alors est-il acquis au fur et à mesure, avec les premières expériences négatives et les ouïes-dires comme quoi c’est trop dur ?

On continue ou on arrête de faire genre ?

Pourquoi parle-t-on d’égalité des genres ? C’est quoi la différence entre sexe et genre ?

  • Le sexe désigne les caractéristiques biologiques (chromosomes, organes génitaux principaux et secondaires, systèmes hormonaux et fonctions reproductives) qui différencient les mâles et les femelles.

  • Le genre correspond quant à lui aux caractéristiques non biologiques entre les individus. C’est un concept qui désigne les processus de construction sociale et culturelle des identités masculine, féminine, transgenre, et ceux des rapports sociaux entre les sexes.

Il ne faut pas voir les aspects du sexe et du genre comme exclus ou séparés. L’idée est plutôt d’approcher la question en terme de relations, d’interactions (verbales et comportementales) entre les individus, de même sexe ou de sexe opposé. Oui, au-delà de nos infinies ressemblances, les filles et les garçons sont différent.e.s, idem pour les hommes et les femmes. Grandissons-nous en interagissant différemment avec les hommes et les femmes ? Comment identifier et apprendre à connaître ce qui nous rassemble ? Comment savoir parler de nos différences en les valorisant plutôt que de les taire ou de les opposer ?

Avec les considérables avancées, dès le XIXème siècle et jusqu’à aujourd’hui, dans la compréhension des processus biologiques humains aux échelles tissulaires, cellulaires et moléculaires et au regard de ce qu’il nous reste à découvrir et à comprendre, notamment grâce aux sciences cognitives, notre interprétation parfois archaïque et souvent pompeuse des rôles à jouer par les hommes et les femmes au sein de la société devraient évoluer en conséquence. Si la définition du sexe biologique évolue, la conceptualisation du genre peut s’adapter en conséquence. Par exemple, testostérone = virilité associée exclusivement à la masculinité, ça n’a aucun sens, c’est bel et bien dépassé.

Complexité de la détermination du sexe biologique – entre chromosomes, gènes, hormones, caractères sexuels secondaires, organes sexuels internes et externes. Scientific American

 

Des pistes pour avancer vers l’égalité

Apprendre à parler en public

À l’école primaire, on nous apprend à lire, à écrire et à compter… moins fréquemment à parler ! Et c’est d’autant plus le cas au collège et au lycée. Ce n’est souvent qu’arrivé.e dans le supérieur (et que nous nous sommes prétendument dédié.e.s à une spécialité ou une vocation) que nous sommes formé.e.s à la prise de parole en public. Et pourtant beaucoup de gens vous le diront : exprimer ses idées et ses positions, argumenter autour d’un quiproquo ou d’un litige, extérioriser, verbaliser avec pertinence des situations (des fois toxiques)… ça aide dans la vie.

Alors, réfléchissez-y bien. Pensez-vous que la prise de parole par les jeunes filles et garçons soit équivalente ? Déjà, est-ce qu’on se laisse parler entre nous à 10 ans ? Pas vraiment. Et, selon les contextes, les garçons laissent probablement moins la parole aux filles que l’inverse. Alors, à quand les cours de fresques oratoires et de « bons » bavardages, entre filles et.ou garçons ?! Parce qu’en arrivant à la fin des années collège, par exemple, c’est pas facile d’aborder les thématiques liées à la santé sexuelle et reproductive ou au sexisme.

Ça pourrait plus généralement aider à créer des dialogues fructueux sur d’autres sujets globaux et relevant à la fois de l’histoire, des sciences, de la politique, de la philosophie, des arts, de l’économie.

 

Valoriser la notion d’erreur

La treizième conclusion de l’enquête Apprendre demain, pilotée en 2017 par le Centre de Recherches Interdisciplinaires, propose de faire de l’erreur un outil pédagogique. Que ce soit dans un cadre de formation et d’évaluation, ou dans un contexte d’échanges et de jugements entre potes, le sentiment d’avoir tort ou d’être débile ou moqué.e est vraiment pas dingue, autant que la réflexivité qui en découle par la suite.

Et si on conceptualisait nos erreurs différemment ? Et si on s’autorisait à dire, à faire… et à entendre les critiques d’une bonne oreille ? Sans erreur, aurait-on peur de s’aventurer et d’expérimenter ? Dans la démarche, ça pourrait presque sentir la sérendipité.

 

Écrire en langage inclusif

Connaissez-vous la règle grammaticale qui dit que le masculin l’emporte ? Et bien, nous sommes un certain nombre aujourd’hui à être convaincu.e.s que cela doit évoluer.

Comment voulons-nous que des fillettes se projettent comme mathématicienne ou physicienne si elles n’ont jamais ou très rarement entendu ce mot au féminin ? Comment pensons-nous qu’un adolescent se sent quand on lui dit que le métier qu’il souhaiterait faire se nomme sage-femme… C’est cette utilisation genrée des mots que le langage inclusif essaie de mettre à mal. Un chef se trouve parfois être une cheffe. Alors pourquoi ne pas écrire un.e chef.fe dans les situations où l’on ne sait pas ? – sur une offre d’emploi par exemple…

Pour plus de détails sur le langage inclusif, n’hésitez pas à consulter le guide du Haut Conseil à l’Égalité, Pour une communication publique sans stéréotypes de sexe.

 

Continuer à compter

Compter le nombre de femmes et d’hommes dans les différents milieux, se rendre compte. Comprendre les réalités individuelles qui se cachent derrière les pourcentages, les statistiques et leurs représentations graphiques associées (“Vous avez dit boîte à moustaches ?”) pour faciliter une prise de conscience collective des disparités existantes.

Connaissiez-vous nos projets ItCounts et Parité au Pouvoir ?

On pourrait rentrer beaucoup plus profondément dans les détails des indicateurs de parité pouvant être analysés. Des centaines sont à l’étude et d’autres centaines encore seraient à définir. Mais encore nous faut-il réfléchir à comment établir des interrelations intelligentes entre nos critères, nos objectifs et nos moyens.

L’égalité s’ancrera et progressera à mesure que la mixité et la parité seront étudiées et comprises, quantitativement et qualitativement, comme des facteurs dynamiques. La balance des sexes et des genres est à peine dépoussiérée, reste à mieux y jouer les équilibristes !

 

Quelques Res.Sources

 

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Faire preuve de souplesse pour adopter le meilleur point de vue_ Orane TASKY  & Deborah MICHEL

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