À la rencontre de...

WAX part à la rencontre d'une personnalité, du passé, du présent, et du futur aussi.

Marie – Women of Science #3

Alors que le monde scientifique peine à laisser une place aux femmes afin d’atteindre une parité plus que nécessaire, ’Women of Science’ vous offre une plongée au coeur du problème, à travers le portrait de femmes scientifiques.

Alors que le monde scientifique peine à laisser une place aux femmes afin d’atteindre une parité plus que nécessaire, ’Women of Science’ vous offre une plongée au coeur du problème, à travers le portrait de femmes scientifiques. Ces dernières ont accepté de se confier sur leur parcours et la réalité de la question du genre dans leur domaine, pour participer à la création de cette collection de vies et d’histoires.

« Au début de mon Master 2, nous avons réalisé un stage d’observation dans un observatoire. Pour nous aider à manipuler le matériel, un chercheur en astrophysique était présent. Gentiment, il nous avait demandé où nous en étions dans nos recherches de stage, et avait mentionné la possibilité d’un stage en astrochimie, éventuellement suivi d’une thèse, au sein de son laboratoire. Je lui avais donc demandé plus d’informations. Il m’avait alors détaillé le sujet, qui correspondait à tout ce qui m’intéresse vraiment. Je lui avais donc expliqué que j’avais déjà un stage de prévu, mais la thèse n’étant pas assurée j’espérais pouvoir candidater pour une place dans son laboratoire. Il m’avait alors dit qu’il n’aimait pas prendre des filles en thèse parce qu’à “chaque fois, elles t’intentent un procès”. Évidemment, ça m’a dégouté, et beaucoup refroidi. Et je n’ai pas candidaté à la thèse. »

« Je me rappelle d’un jour, d’une discussion avec un ami de mon laboratoire. Il faut savoir que les jurys lors des concours CNRS [Concours pour devenir chercheur·e au sein du Centre National de la Recherche Scientifique, NDLR.], s’efforcent de respecter la parité dans le recrutement de nouveaux chercheur·e·s. Mon ami affirmait qu’il était inadmissible de faire de la parité le point déterminant. Il soutenait que la notion de “compétences égales” n’existait pas, et que rechercher la parité n’était pas toujours la bonne chose. J’ai trouvé ça malheureux, j’avais l’impression qu’il estimait que les hommes sont nécessairement plus compétents que les femmes. Mais pourtant ce n’est pas le cas, ce n’est pas parce que tu es un homme ou une femme qu’en raison de ton sexe tu as plus de compétences. Surtout dans des domaines scientifiques où l’unique chose dont tu as besoin est ta matière grise. Parce que la parité n’est pas encore une réalité, on a parfois l’impression que les femmes sont nécessairement moins compétentes. C’est complètement ridicule, car lorsque nous avons eu la même formation, lorsque nous avons accès au même contenu, je ne vois en aucun cas comment un homme serait nécessairement plus compétent qu’une femme. »

« Il me désole de voir que ce manque de parité est ancré en nous. En 2019, je faisais partie du comité d’organisation d’une conférence dédiée aux jeunes chercheur·e·s en astronomie. Nous avions alors pour rôle de contacter des chercheur·e·s permanents pour qu’ils présentent, lors d’une session plénière, leurs projets de recherche. Et bien que nous ayons été deux filles dans le comité, ni l’autre fille, ni les garçons, ni moi-même, n’avons pensé à contacter des femmes. Ce n’est que quand nous avons rendu public notre planning, et qu’une chercheuse a affirmé qu’il était inadmissible en 2019 de mettre en place une conférence où la parole n’était pas donnée une seule fois aux femmes, que nous avons réalisé. On s’est remis en question, parce que nous n’avions pas du tout pensé à cette parité. Je ne pensais pas que c’était autant ancré en nous. »

« Selon un bilan statistique, en France les femmes ne représentent que 23% des chercheurs et enseignants-chercheurs en Astronomie et Astrophysique [1]. La parité n’est pas vraiment respectée. Pourtant, je pense que ça s’améliore : avant, l’astronomie ou l’astrophysique étaient des milieux presque exclusivement réservés aux hommes. Aujourd’hui, on compte de plus en plus de femmes, et j’ai l’espoir que ça s’améliore encore par la suite. Dans mon labo, je suis par exemple entourée de femmes, et je n’ai pour ma part jamais rencontré de situation où je me suis sentie discriminée par le fait d’être une femme, que ce soit avec les doctorants, les chercheurs, ou encore avec la direction. Pourtant, même s’il y a moins de différence entre les sexes qu’avant, même si je ne suis pas personnellement touchée, je sais que certaines phrases et certains clichés persistent, et forcément ce sont des choses qui dégoûtent. Si alors je devais donner un conseil à toutes les jeunes filles qui souhaitent faire des études scientifiques mais qui ne se sentent pas à la hauteur, ce serait de continuer et de croire en elles. Parce qu’on en est capables. »

Même si elle avait à l’origine d’autres idées en tête, Marie* a finalement choisi de mêler son intérêt pour la biologie, la chimie, les statistiques et sa passion pour la planétologie. Après une licence en chimie – biologie, elle a donc réalisé un Master et de nombreux stages dans le domaine. Aujourd’hui, elle est doctorante en astrophysique dans un laboratoire français de renom.

*Prénom modifié pour des raisons de confidentialité.

 

[1]“Bilan statistique de la part des femmes dans les postes permanents en Astronomie et Astrophysique (CNU section 34, CNAP Astronomie et CNRS section 17)”. Caroline Bot et Véronique Buat, https://sf2a.eu/spip/IMG/pdf_FemmesHommes_CNU_CNAP_CNRS.pdf

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