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Archéo-Sexisme

On vous présente le projet Archéo-Sexisme, une exposition de témoignages sur le sexisme en archéologie, principalement sur le terrain de fouilles. Les témoignages recueillis par l'initiative Paye ta Truelle et l’association Archéo-Éthique sont illustrés par des artistes et exposés en 2019 dans plusieurs institutions.

Genèse du projet

L’archéologie est un milieu professionnel particulier, alliant pratique de terrain, travail de laboratoire, milieu universitaire, monde de l’entreprise, service public et secteur privé. Pour les femmes archéologues, ces conditions de travail particulières sont souvent à l’origine de contraintes liées à leur genre. Le sexisme en archéologie se manifeste sous la forme de remarques, de gestes et de comportements inappropriés, ainsi que par des difficultés accrues d’accès à l’emploi.

 

Les femmes archéologues sont, à l’heure actuelle, sous-représentées dans la profession, et ce malgré le nombre croissant d’étudiantes en archéologie sur les bancs de l’université et de diplômées chaque année (Conkey, 2003). Les hommes demeurent majoritaires dans les plus hautes fonctions liées à la discipline et gagnent en général un meilleur salaire, tandis que les femmes ont davantage de chances de travailler à un emploi à temps partiel ou un poste temporaire moins bien payé, avec des possibilités d’avancement minces (Geller, 2016 ; Hart, 2006). Plus généralement, dans le monde académique des Sciences Humaines et Sociales, le déséquilibre est flagrant pour les postes de professeurs (37%/63%) (Enquête du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 2016). Le même constat peut être établi pour le travail archéologique de terrain. À l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (Inrap), elles étaient payées en 2014 6% de moins que leurs collègues masculins à poste et compétences égales. Entre 2014 et 2016, sur les 64 chefs de services territoriaux en archéologie préventive, 19 sont des femmes (rapport de l’Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes dans la culture et la communication, 2016). Elles sont également moins représentées parmi les responsables d’opération (37%) et les technicien.ne.s d’opération (38%), mais sont par contre plus nombreuses parmi les spécialistes en laboratoire (61%).

 

Au-delà des inégalités face à l’emploi, le sexisme en archéologie se manifeste de manière ordinaire sur le terrain et dans le laboratoire par des remarques (propos paternalistes, commentaires non-désirés sur le physique) et attitudes sexistes (confiscation de la parole lors de présentations orales, déconsidération du travail fourni). On constate également l’existence de harcèlement moral et sexuel, de violences, d’agressions sexuelles de la part de supérieurs hiérarchiques ou de collègues : fouilleurs, directeurs de chantier ou de recherche, responsables d’opération ou de secteur, professeurs d’université, ou même présidents du jury de thèse (Bohannon, 2013 ; Meyers et al., 2015 ; Wright, 2008). Les conditions de travail sur certaines fouilles (vie en autarcie, fouille dans des espaces restreints, parfois à plusieurs ou dans des positions acrobatiques, etc.) rendent ce type d’agissements d’autant plus propices. La situation des étudiantes stagiaires en fouilles programmées est particulièrement difficile, car la nécessité de valider leur stage afin d’obtenir leur année universitaire ne les mettent pas en position de pouvoir se défendre véritablement. Les témoignages reçus par les projets Every Dig Sexism (milieu anglophone) et Paye ta truelle (milieu francophone) mettent en lumière toute l’ampleur du problème. Les témoignages qui sont illustrés dans l’exposition Archéo-Sexisme sont issus du projet Paye ta Truelle.

Ces actes demeurent encore trop souvent minorés, marginalisés ou tout simplement niés. Cette exposition est l’occasion pour l’association Archéo-Éthique de sensibiliser un public issu du monde du patrimoine et de l’archéologie, directement concerné par le sujet, dans l’espoir de faire évoluer la situation.

L’équipe

L’association Archéo-Éthique a été crée le 13 mai 2017 afin de soutenir et de valoriser la recherche sur l’éthique en archéologie.

  • Laura Mary est restauratrice de matériel archéologique pour l’a.s.b.l. Recherches et Prospections archéologiques (Belgique). Elle est aussi rédactrice et correctrice bénévole pour la revue féministe en ligne Simonae. En janvier 2017, elle lance le projet Paye ta Truelle afin de rassembler des témoignages d’étudiantes victimes de sexisme en archéologie.
  • Béline Pasquini est doctorante à l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, rattachée à l’UMR 7041 ArScAn. Elle est membre fondatrice et co-présidente de l’Association Archéo-Éthique. Béline a été sensibilisée aux problématiques éthiques en archéologie au cours de plusieurs séjours d’étude dans des universités américaines (Brown, Columbia, Stanford). Elle a notamment suivi les cours d’éthique en archéologie du professeur John Cherry à Brown University.
  • Ségolène Vandevelde est doctorante à l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, rattachée à l’UMR 7041 ArScAn. Elle est membre fondatrice et co-présidente de l’Association Archéo-Éthique. Ségolène a été initiée à la réflexion éthique lors de son Bachelor à l’Université de Montréal (Canada). Elle a notamment été organisatrice du Concours Éthique en Archéologie / Ethics in Archaeology Contest à Montréal en 2012.

 

En tant que doctorantes à l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, Béline Pasquini et Ségolène Vandevelde ont organisé un colloque international sur l’éthique en archéologie, qui s’est tenu à l’Auditorium de l’Institut National d’Histoire de l’Art les 25 et 26 mai 2018. Pour des raisons de contraintes de temps, la question du sexisme en archéologie n’y a pas été abordée.

 

Pourtant, nos expériences personnelles ainsi que les témoignages d’étudiant.e.s et de professionnel.le.s de l’archéologie recueillis via le projet Paye ta Truelle de Laura Mary nous montrent que le problème du sexisme en archéologie est réel et qu’il présente des spécificités propres à cette discipline. Dès lors, il nous a semblé important d’organiser une manifestation dédiée à cette problématique. C’est de cette volonté qu’est né le projet d’exposition Archéo-Sexisme.

Une démarche artistique engagée

Dire qu’une seule image vaut mille mots tient du lieu commun. Pourtant, cette maxime n’a jamais été aussi vraie qu’aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux largement fondés sur le visuel. L’illustration de témoignages sur le sexisme en archéologie est un moyen de transmettre un message de manière forte tout en mettant à l’honneur le travail de jeunes artistes professionnel.le.s.

Dates et lieux d’exposition 2019

L’exposition a déjà été exposée : 
  • Du 8 mars au 8 avril à la Maison Archéologie et Ethnologie (MAE Nanterre)
  • Du 8 avril au 8 mai sur le campus de Nanterre Université
  • Du 11 au 17 juin au siège de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives)

L’exposition sera exposée :

  • À l’Institut d’Art et d’Archéologie (Centre Michelet) situé au 3 rue Michelet Paris 6ème, du 22 novembre au 20 décembre 2019. L’inauguration aura lieu lors de la journée de rentrée de l’École doctorale d’archéologie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Au Musée du château de Mayenne (53), du 12 octobre au 28 octobre 2019

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