PSYCHAUTOMATE : Ces décisions qui ne nous appartiennent pas (3)

Les comportements que nous adoptons et les actions qui en découlent semblent le plus souvent sous le contrôle de notre conscience. Mais c’est sous-estimer l’impact immense qu’a l’environnement sur la prise de décision.

Partie 3 : La dissonance cognitive

Au milieu de la nuit, on entend la porte du frigo s’ouvrir et des bruits de plats…

Tu descends les escaliers pour regarder qui est l’intrus qui est occupé.e à manger tes précieuses provisions.

C’est nul autre que ta.ton colloc qui est, sois disant,« en train de faire un régime pour préparer son ‘‘beach body’’» que tu retrouves avec un pot de Jen and Berries dans la main droite, 5 paquets de gâteaux sous le bras gauche et deux pizzas en équilibre sur la tête.

 

Ta.ton colloc aura une de ces réactions, après avoir été pris.e les mains dans le frigo :

  1. Dire qu’elle.il n’ «était pas vraiment engagé.e à suivre son régime de toute manière »,
  2. Arrêtera de manger des desserts pendant une semaine pour compenser,
  3. Essayera de se convaincre que la glace et les gâteaux sont en fin de compte, bon pour elle.il,
  4. Dire « fuck le régime, je suis un ours en préparation d’hibernation »

 

En psychologie sociale, la dissonance cognitive est une théorie selon laquelle lorsqu’une personne accomplit des actions qui sont contre ses croyances, elle ressent une tension, un malaise qui peut même être physique. Cette personne va ensuite employer des stratégies pour réduire ce malaise.

En 1959, l’expérience de Festinger et Carlsmith permet de mettre en place cette théorie. Trois groupes de personnes devaient réaliser une activité très ennuyeuse et inutile pendant une heure. Dans deux des trois groupes (le troisième groupe faisant office de groupe témoin), les personnes devaient à la fin de la tâche dire au.à la participant.e prenant la relève combien l’expérience était intéressante et plaisante (et donc mentir). Un premier groupe était payé 20$, et un deuxième 1$ pour mentir.

L’expérimentateur a ensuite récolté par des questionnaires les véritables opinions des participant.e.s sur la tâche accomplie grâce à un questionnaire. Et Festinger et Carlsmith ont trouvé que les personnes les moins rémunérés avait en moyenne une meilleure opinion de la tâche que les personnes fortement rémunérées !

Les personnes les moins rémunérées relativisaient mieux la tâche ennuyeuse en ayant trouvé des moyens pour rendre l’expérience positive, contrairement aux plus rémunérées qui trouvaient en effet moins de justification à leurs mensonges.

Cette expérience illustre les conséquences d’une dissonance cognitive : nous mettons en place des mécanismes pour la réduction de ce décalage entre nos comportements et nos pensées. Dans le cas du groupe fortement rémunéré, la somme de 20$ opère la réduction et les participant.e.s changent pas ou peu d’avis sur l’activité ennuyeuse. Pour le groupe faiblement rémunéré, la réduction est opéré par un changement d’opinion.

Il existe de nombreux moyens pour lutter contre cette dissonance comme changer son opinion ou son comportement, ajouter une nouvelle pensée, banaliser une pensée, fuir la situation ou encore changer l’opinion des autres pour avoir leur soutien.

Par exemple, un fumeur va se mettre à faire du sport et à manger sainement pour « contrer » les conséquences négatives de la cigarette. Il va donc changer son comportement pour réduire la dissonance entre le fait de fumer et de savoir que fumer est très nocif pour la santé.

 

La contradiction, ou inconsistance entre ses opinions et ses actions n’est pas le seul facteur de création de dissonance cognitive. En effet, les facteurs de choix et de conséquences sont également très importants.

Si la personne n’a pas le choix de faire l’action, elle ressentira moins de dissonance que si c’est elle qui a pris la décision de faire cette chose qui est à l’encontre de ses croyances. De même, si l’action de la personne a des conséquences négatives, par exemple sur autrui, la personne ressentira plus de dissonance que si ses actions n’ont pas de conséquence négative.

Maintenant, tu es un.e expert.e en dissonance cognitive. Regarde autour de toi et tu verras de multiples exemples de dissonance. Rationaliser ses décisions, justifier son comportement, se parler à soi-même pour ne plus se sentir coupable… Ce sont tous probablement des exemples d’une personne tentant de résoudre une dissonance.

 

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Retour sur la Partie 1 : La diffusion de responsabilité et l’effet témoin

Retour sur la Partie 2 : Le conformisme et l’innovation

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