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Rencontre avec Salma Barkaoui, ingénieure en Astrophysique

Le lundi 26 mars 2018, j’ai pu rencontrer au CRI (Centre de Recherches Interdisciplinaires) Salma Barkaoui, une ingénieure en astrophysique qui m’a offert un petit moment pour parler de son travail dans un domaine qui la passionne depuis toujours.

Salma est venue de Tunisie après avoir fait 2 ans de prépa MPSI (Mathématiques, Physique, Science de l’Ingénieur). Elle a passé ses concours d’entrée en écoles d’ingénieurs avec succès, puisqu’elle a été classée 17ème sur 3000 au concours Mines-Ponts, ce qui lui a permis de faire un double cursus entre Paris et la Tunisie via le programme ParisTech (ENIT/ENSTA) et ainsi d’obtenir un double diplôme d’ingénieur en mathématiques et physique dans le domaine de la modélisation. Pour se spécialiser, elle a suivi ensuite un Master 2 en modélisation et simulation. La modélisation, c’est la conception d’un modèle, ici cela consiste à créer des modèles physiques afin d’étudier des phénomènes dans le domaine spatial. Aujourd’hui, elle est en première année de thèse et travaille en coopération avec le CNES et le JPL (Jet Propulsion Laboratory) de la NASA, sur le projet “Insight”, à la découverte de la planète Mars, rien que ça !

Elle nous raconte un peu plus en détails son travail

« Je travaille avec une équipe de chercheur.se.s et d’ingénieur.e.s sur un projet qui vise à modéliser des ondes sismiques, un sismomètre, dans le but de l’envoyer sur Mars dans le cadre de la mission “Insight”. L’objectif de cette modélisation est de déterminer la structure interne de la planète Mars, on pourrait comparer cette technique à une échographie. Je travaille à Paris actuellement, mais nous étions en Californie pour le décollage de la sonde il y a quelques semaines (le 5 mai), l’atterrissage sur Mars quant à lui est prévu le 26 novembre. Par la suite quand la sonde se sera posé, notre travail sera de collecter les données prises par le sismomètre et de les analyser. L’émission d’ondes sismiques va nous permettre de nous donner des informations sur la densité, la température… de récolter de nombreuses informations, voilà le but de la modélisation ! »

 

Voici une photo récente de toute l’équipe travaillant sur la mission le robot Insight à Paris (Encadreur : Philippe Lognonné (IPGP) et Francis Rocard (CNES))

 

En effet Salma Barkaoui a la chance de participer au très grand projet “Insight” mené par les laboratoires européens de l’IPGP et du CNES en coopération avec la NASA, pour analyser les structures internes et aller au plus profond de la planète Mars. Cette mission sera la première de ce type depuis la découverte de la planète rouge, puisque toutes les missions précédentes n’avaient pour objectif que l’étude en surface. Or, pour comprendre sa formation, il faut aller chercher bien plus profondément ! C’est en vue de cette découverte qui pourrait s’avérer majeure que les chercheur.se.s du Cnes et de l’IPGP ont développé un sismomètre. Celui-ci va permettre de mesurer la température des couches internes, d’analyser les propriétés telluriques de la planète (autrement dit la nature rocheuse des différentes couches – manteau, noyau, croûte) et enfin l’analyse de la taille et la composition du noyau de la planète.

 

La sonde a bien décollé avec succès le 5 mai et est actuellement en plein voyage spatial ! Voici le lien du site internet pour suivre en direct le compte à rebours en attendant l’atterrissage sur Mars : https://mars.nasa.gov/insight/

 

Une expérience acquise…

Quelles expériences en particulier l’ont-elles marquée ? Quelles compétences a-t-elle acquises au cours de ses études et de ses stages à l’observatoire de Paris et au CNES ?

“J’ai travaillé sur un modèle de pointage télescopique utilisant des ondes gamma dans le but de détecter la position des étoiles supernova. Pour être plus claire, “supernova” signifie la fin de vie d’une étoile qui, en implosant, émet des ondes que l’on peut capter grâce à ce télescope de pointage, cela nous permet alors d’identifier la position de ces étoiles. J’ai pu créer un petit modèle de pointage qui a été intégré dans le télescope, j’ai par la suite écrit un article dessus, ce qui m’a permis d’être publié. Je garde un très bon souvenir et une grande fierté de ce stage.”

 

 

“Un autre stage que j’ai réalisé au CNES et qui portait aussi sur un télescope de pointage, mais cette fois-ci le but était non pas de déterminer la position d’étoiles, mais de satellites de télécommunications (les téléphones, la télévision… fonctionnent grâce à ces satellites). Le but de ces télescopes est de détecter quand un satellite rencontre un problème de manoeuvre, ou de collision et que l’on perd son contrôle. En effet, depuis la Terre on ne voit seulement que des points, il est donc nécessaire d’avoir ce genre d’outils. Ils permettent de repérer les satellites qui sont sortis de leur orbite et hors de tout contrôle, ils deviennent alors des “débris”. Dans ce cas il faut donc rapidement les identifier afin de prévenir les autres bases spatiales. Je me souviens d’une fois, où un incident s’est produit. Un satellite européen est sorti de son orbite après avoir explosé, tout le monde courait au CNES en étant paniqué. Mais grâce au modèle sur lequel nous travaillions, nous avons rapidement pu l’identifier et prévenir les autres. On utilise pour ce genre d’outils le machine learning, des termes un peu techniques mais au fond c’est simplement tenter d’anticiper des phénomènes physiques grâce à des outils mathématiques. J’ai développé un petit modèle qui a été intégré et qui est aujourd’hui toujours utilisé et présenté dans certains congrès, je suis restée en très bons termes avec toute l’équipe et je ne garde vraiment que des bons souvenirs de mes stages.”

Mais le travail de Salma ne s’arrête pas là, elle témoigne aussi de son autre casquette en tant que professeure. Salma donne des cours de machine learning et anime des travaux dirigés d’analyse et modélisation en biologie à des étudiant.e.s de licence au Centre de Recherches Interdisciplinaires. Son but en tant qu’enseignante est de transmettre évidemment sa passion pour les sciences dites “dures” et le goût de l’effort.

“À chaque fois je vois des élèves, n’arrivant pas à résoudre un problème, qui abandonnent ! J’essaie de leur donner envie de persévérer, de leur montrer que rien n’est trop dur ou impossible. On a trop souvent essayé de me décourager quand j’étais plus jeune et pourtant aujourd’hui je travaille dans le domaine que j’aime. Depuis toute petite je rêve de travailler dans ce domaine, ça me fascine depuis toujours, l’exploration, la découverte. Mon rêve, comme tout scientifique je pense, est de découvrir quelque chose qui permettra le progrès et l’avancé.”

Après cette discussion très enrichissante, quand on sait que c’est un domaine où, pour la majorité, les chercheur.se.s sont des hommes, une question se pose. Je voulais savoir si elle avait rencontré des problèmes de sexisme, des injustices.

« Non, je pense avoir été très chanceuse sur ce point car je n’ai jamais senti avoir été victime de discrimination de genre. Il est vrai que j’ai des collègues qui m’ont confié être moins rémunérées que des collègues hommes pour le même travail, mais pour ma part je n’ai jamais eu ce problème. Il est vrai que dans mon école d’ingénieur il y avait une minorité de femmes, mais aujourd’hui si je devais parler de l’équipe où je travaille il y a quasi autant de femmes que d’hommes.”

Tant mieux et il est aussi important de le dire, les mentalités semblent commencer à évoluer, et même si le travail n’est pas terminé, il est bel et bien lancé !

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