Silence, s’il vous plait !

Voilà le tableau. J’arrive tôt au bureau, tout l’étage est encore vide, il n’y a que moi. Le silence total. Soudain la ventilation s’arrête et laisse place… au silence. Mettant...

Voilà le tableau. J’arrive tôt au bureau, tout l’étage est encore vide, il n’y a que moi. Le silence total. Soudain la ventilation s’arrête et laisse place… au silence. Mettant bien en évidence le fait que ce que je pensais être un silence complet était en fait un certain tintamarre. Je me rends soudain compte des bruits qui m’entourent : le ronronnement de mon ordinateur, le bourdonnement de l’ampoule au-dessus de moi, les moteurs des voitures passant devant l’immeuble… Comment se fait-il que je n’ai pas remarqué tous ces bruits plus tôt ? Comment mon cerveau a-t-il pu croire que cette pièce était silencieuse ? Et au fond, est-ce que ça existe le silence ?

Inhibition latente : kesako

Ce qui fait que je n’ai pas remarqué le bruit de la ventilation avant que celle-ci ne s’arrête, c’est un effet que l’on appelle inhibition latente. Découvert par Robert Lubow en 1959 lors de recherches sur la notion d’apprentissage, ce terme désigne “la diminution de la capacité d’un.e individu à acquérir ou exprimer une nouvelle association à un stimulus, si il.elle a déjà été pré-exposé.e à ce stimulus de façon passive et non-renforcée”. Autrement dit, l’inhibition latente caractérise le fait que l’on va avoir plus de difficulté à réagir à un stimulus qui nous est trop familier. J’étais trop habituée au bruit de la ventilation et de ce fait, je ne l’ai même pas remarqué avant qu’il ne s’arrête.

Cet effet n’est ainsi pas limité aux sons mais concerne tout ce qui a attrait à nos sens : la sensation des vêtements sur notre peau, le goût de notre propre salive, l’odeur d’une pièce dans laquelle on reste pendant un certain temps. Ce phénomène étrange agit comme un filtre et nous permet de séparer les informations qui nous sont pertinentes de celles qui ne nous le sont pas. De toute évidence, si nous n’avions pas la capacité de faire cette séparation, nos vies seraient sûrement insupportables et il nous serait impossible d’effectuer certaines choses que nous faisons quotidiennement comme avoir une conversation au milieu d’une foule de gens ou distinguer une certaine odeur parmi toutes celles qui nous entourent. De plus, cet effet a aussi sans-doute constitué un avantage sélectif lors de l’évolution, ce qui a permis à notre espèce de mieux survivre dans son environnement.

C’est où l’endroit le plus silencieux sur Terre ?

Si mon bureau à 9h du matin n’était au final pas l’endroit le plus silencieux au monde, il existe des pièces qui ont été conçues dans le but de créer un silence maximal. Ces pièces sont appelées chambres anéchoïques ou chambres “sourdes”. Ces pièces sont généralement isolées des bruits de l’extérieur grâce des murs de plusieurs couches de béton et d’acier. À l’intérieur, les murs (et parfois, le sol) sont tapissés de pièces pyramidales faites d’un matériau absorbant en mousse polymère et fibre de verre qui permet d’absorber les ondes sonores les empêchant ainsi de rebondir sur les murs de la chambre et de créer un effet de résonance. Ces chambres peuvent ainsi absorber jusqu’à 99,99 % des sons provenant de l’intérieur de la pièce.

Elles permettent par exemple de mesurer la sensibilité d’un microphone, le niveau sonore d’un haut-parleur ou même la résistance au silence des astronautes.

INTA National Aerospace Technology Institute, Torrejón de Ardoz,  

© PromoMadrid, author Max Alexander

 

La meilleure chambre anéchoïque a enregistré en 2015 un niveau sonore de -20,6 décibels, c’est la chambre anéchoïque du bâtiment 87 du campus de Microsoft à Redmond dans l’état de Washington aux Etats-Unis. Sachant que l’oreille humaine ne perçoit pas les sons en dessous de 0 décibel, c’est sûrement le silence le plus complet dont un humain puisse faire l’expérience sur Terre.

Bien que l’idée de pouvoir atteindre un tel silence puisse sembler attractive, (après un long trajet de métro, ou après une heure passée dans les embouteillages, par exemple), une telle isolation sonore peut avoir des effets néfastes sur la santé. En effet, les sons de notre environnement agissent comme des indices perceptifs pour notre cerveau et nous permettent de nous repérer dans l’espace et de maîtriser notre équilibre. Rester trop longtemps dans une chambre anéchoïque peut entraîner des hallucinations voire des évanouissements. Il est aussi notable qu’une chambre anéchoïque ne nous empêche pas d’entendre les sons de notre propre corps. Bien au contraire, les personnes ayant passé de courts séjours dans ces pièces reportent que l’on devient bien plus conscient.e de son propre organisme.

« […] Après une minute ou deux, je suis devenu conscient du son de ma respiration, donc j’ai arrêté de respirer. Le bruit sourd de mes battements de coeur est devenu apparent – je ne pouvais rien faire pour ça. Au fil des minutes, j’ai commencé à entendre le sang se précipiter dans mes veines. Plus la pièce devient silencieuse, plus vos oreilles deviennent plus sensibles »

–   George Foy – écrivain franco-américain – sur son passage dans la chambre anéchoïque des laboratoires Orfield dans le Minnesota aux Etats-Unis

Il est important de faire remarquer que les chambres anéchoïques empêchent la résonnance du son et font ainsi diminuer le niveau sonore mais elles n’empêchent pas au son d’être propagé à la base.

Mais alors, peut-on empêcher le son d’être propagé ?

Reprenons la physique du son à sa base. Le son équivaut à la vibration mécanique d’un fluide qui se propage sous forme d’ondes. C’est-à-dire que le son n’a pas d’état physique en tant que tel, ce qu’on entend, c’est la vibration des atomes qui composent l’air qui nous entoure. Le son a donc besoin d’un milieu pour se propager. Dans la vie de tous les jours, c’est l’air qui agit comme milieu de propagation. Pour rendre un endroit plus silencieux, on peut alors soit, comme on l’a vu dans le cadre des chambres anéchoïques, tendre à diminuer l’effet de résonance – ce qui n’empêche pas, en soit, au son de se propager, soit supprimer le milieu de propagation du son.

Cette théorie est facilement vérifiable. Dans la vidéo ci-dessous produite par Unisciel, un réveil-matin est placé dans une cloche à vide reliée à un oscilloscope. Cet oscilloscope mesure le signal acoustique enregistré au sein de la cloche. Au départ, la cloche contient de l’air et le réveil sonne. L’oscilloscope enregistre un certain signal acoustique. Quand le système de la cloche est actionné et que le vide commence à être fait, le signal enregistré par l’oscilloscope diminue. Cela signifie que le son diminue quand la quantité d’air dans le milieu de propagation diminue.

Par conséquent, dans le vide complet, c’est à dire, dans un milieu qui ne contient aucun atome, il n’y a aucun son. Bien-sûr, le silence absolu par le vide est quelque chose que nous ne pourrons pas expérimenté en tant qu’humain puisque le manque de pression dans le vide ferait que les liquides de notre corps se mettraient à bouillir et que chacune de nos cellules éclaterait instantanément. Cependant, en théorie, dans un trou noir, où aucune matière n’existe, il n’y a pas de son. Si quelqu’un veut aller vérifier, je lui déconseille fortement mais au cas où, je resterai ici prendre des notes.

 

Credits image à la une : © Damongman

Sources:

 

 

 

 

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