Les Chroniques Naturelles [S1E8] La fin d’une époque
Vous savez désormais que les acariens, ça ne se trouve pas que dans votre lit, mais sur les plantes aussi.
Que certain.e.s « mangent » l’intérieur des cellules végétales et que d’autres s’intéressent à la sève. Vous avez découvert que feuilles, tiges (et même racines !) se défendent contre les petites bêtes à la fois physiquement grâce aux cires et aux trichomes qui les recouvrent par exemple, mais aussi chimiquement grâce à une myriade de molécules. Certaines sont capables de rebuter plusieurs agresseurs, et d’autres, spécifiques, une seule espèce. Ces composés se trouvent déjà dans la plante avant l’attaque ou sont produites justement en réponse aux envahisseurs.ses.

Le développement et la reproduction du tétranique tisserand et du puceron commun n’ont plus grand secret pour vous, qu’ils soient présents dans votre potager ou parmi vos jolies fleurs chaque année, et vous savez qu’à l’origine de toute colonie, il y a une femelle.
Car oui, vous avez aussi découvert que Myzus et Tétra, fort.e.s de leur ténacité ont finit par trouver une plante : un rosier, hôte parfait pour se multiplier… Mais la vie ne sera pas facile pour les garnisons de légionnaires acariens des camps retranchés de Tetranychus, Myzus, et autres vandales affamés, nom d’un petit bonhomme !

Vous ne connaissez pas Myzus et Tétra ? Relisez le Prologue de la Saison 1
Les Chroniques Naturelles [S1E2] Trichomes
– Épisode 02 « Trichomes [Trik’om’] » –

Dans cet épisode, nos héros font face à un nouvel obstacle : les trichomes. Ces « poils » composés d’une ou plusieurs cellules servent de défense physique et.ou chimique. La tomate possède jusque 7 sortes de trichomes 1.
Dans la BD ci-dessus, trois types de trichomes sont représentés. Par exemple, les trichomes non-glandulaires (de type I) servent de défense physique contre les acariens comme Tétra (image 3). Dans l’avant-dernière image, Myzus fait éclater un trichome glandulaire (dit de type VI) qui renferme des molécules comme des composés phénoliques et des terpénoïdes 2,3. Ces molécules sont généralement toxiques pour les acariens comme Tétra et les insectes comme Myzus.
Le saviez-vous ?
Il n’y a pas que les tomates qui ont des trichomes ! Toutes les feuilles à l’aspect et à la texture duveteuse sont en fait recouvertes de trichomes. La densité et le type de trichomes varient selon l’espèce végétale (vigne, laurier-thym, noisetier…). Si vous prenez le temps de retourner les feuilles des arbres, vous observerez que beaucoup possèdent de petites touffes de trichomes au niveau des veines/vaisseaux… et certain.e.s prédateur.rice.s de Myzus et Tétra s’y cachent parfois mais ça, c’est une autre histoire !
Pour aller plus loin :
Il y a Wikipédia et son article sur la défense des plantes contres les herbivores
Et des études scientifiques sans lesquelles Wikipédia n’aurait pas de bons articles :
1 Luckwill, L. C. 1943. The genus Lycopersicon: An historical, biological, and taxonomical survey of the wild and cultivated tomatoes. Aberdeen Univ. Stud. 120: 1–44
2 Kang J-H, Shi F, Jones AD, Marks MD, Howe GA (2010) Distortion of trichome morphology by the hairless mutation of tomato affects leaf surface chemistry. Journal of Experimental Botany 61: 1053-1064
3 Tian D, Tooker J, Peiffer M, Chung SH, Felton GW (2012) Role of trichomes in defense against herbivores: comparison of herbivore response to woolly and hairless trichome mutants in tomato (Solanum lycopersicum). Planta, 236:1053-1066
Vous n’avez pas pu lire le premier épisode de la saison ? C’est juste là :
Les Chroniques Naturelles – Saison 1 – En Quête d’Énergie
Les Chroniques Naturelles [Prologue]
Myzus, très certainement la plus grande pirate intERcellulaire de la planète et Tétra, indéniablement le plus grand forban intRAcellulaire de la Terre ont entamé leur longue et périlleuse course à l’énergie, le seul moyen pour eux de commencer à coloniser… le monde !
Ainsi, elle, Myzus persicae, aka le puceron vert du pêcher, de la pomme-de-terre et de tant d’autres encore, accompagnée de lui, Tetranychus urticae, dit le tétranique tisserand ou l’araignée rouge s’unissent pour le plus grand, le plus fantastique voyage qui est : celui de la Vie !
Ensemble, ils arpenteront les maints coins et recoins du jardin potager où ils ont atterri. Unis, ils découvriront et feront face aux innombrables défenses de la seule garante de leur survie, leur unique raison d’être et ce depuis des millénaires, comme elle le fut pour leurs ancêtres avant eux : la plante !
En tant que premier maillon de la chaîne alimentaire, la plante déploye tout un arsenal de défenses. Que ces défenses soient présentes « en temps normal » et dites constitutives, ou qu’elles « apparaîssent » suite à une attaque, et alors dites induites ; qu’elles soient mécaniques, chimiques, ou une combinaison des deux aspects, elles visent à protéger la plante contre les agressions de son environnement biotique (« vivant » : insectes, bactéries, champignons…) ou abiotique (« non-vivant »: nutriments, température, rayons UV…).
Les Chroniques Naturelles se présentent comme la suite des péripéties de deux nuisibles notables présents dans les quatre régions du globe pour vous faire re.découvrir les liens intangibles entre le monde végétal, le règne des « petites bêtes » et même l’empire des micro-organismes. Les Chroniques Naturelles s’adressent à tout public, amateur.rice.s, naturalistes, professeur.e.s des écoles, élèves et étudiant.e.s que la Nature intrigue, passionne, à tou.te.s celles et ceux qui passent là, par hasard, ou en quête de leur « pause verte » du jour.
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Un conte persan qui nous interroge sur la démarche scientifique
Retour sur le conte
Trois princes en exploration
Dans Les trois princes de Serendip, le poète soufi Amir Khosrow Dehlavi (1253-1325) raconte les observations des trois fils de Giafer, philosophe-roi de Serendip. Pour parfaire leur éducation, Giafer envoie ses fils explorer le monde. Sur les terres de l’empereur Behram, les trois hommes rencontrent un chamelier. Celui-ci leur demande si, «par hasard», ils n’ont pas vu l’un de ses chameaux égarés. Dans le conte dont vous avez un extrait ici, les trois princes prétendent avoir vu le chameau. Ils affirment notamment au chamelier que son chameau est borgne, boiteux, porte du miel et de l’huile.

Atteindre la vérité par la déduction et l’observation ?
Constatant que les trois princes disent vrai, le chamelier doute de leur bonne foi. Il les accuse d’avoir volé son chameau et les fait mettre en prison par l’empereur Behram. Les princes lui confient plus tard, en réponse à la question « Comment décrire précisément quelque chose que l’on ne voit pas ?« , qu’ils sont parvenus à le décrire aussi précisément grâce aux traces qu’il a laissé sur la route. Le chameau est borgne par exemple car il a laissé le long du chemin des plantes et des épines broutées que d’un seul côté. Et ainsi, leurs multiples analyses sont vérifiées par un ensemble d’observations faites sur la route permettant de décrire le chameau précisément. Dès lors, ils ont atteint la vérité grâce à la déduction et à l’observation.

Un intérêt scientifique
Une démarche scientifique enclenchée de façon non volontaire
Le conte des Trois princes de Serendip a suscité des réflexions multiples chez les chercheurs/ses dans des disciplines variées. En effet, le conte invite à interroger la démarche scientifique enclenchée sans que celle-ci ait été provoquée de manière volontaire. En effet, les trois princes croisent le chamelier par hasard. L’investigation n’a pas été provoquée et mise en œuvre par les trois princes. Celle-ci est suscitée par la rencontre hasardeuse du chamelier sur leur route pendant leurs observations. Le conte interroge ainsi les conditions de l’expérience. Mais aussi les formes de méthodologie à adopter au cours d’un travail de recherche scientifique.

Le concept de sérendipité
Des études ont ainsi été abordées autour de la notion même de sérendipité. La chercheuse Sylvie Catelin développe notamment la notion dans son ouvrage Du conte au concept. Nous avons tenté d’aborder cette notion de sérendipité au cours d’un atelier réalisé auprès des élèves de seconde du lycée Pierre de Coubertin à Meaux.

Illustrations : nicolás s.
Paquebot et harmonica
A l’occasion du Festival littéraire Hors Limites, une journée de rencontres a été organisée autour de l’oeuvre de Valentine Goby. Quatre bibliothèques et médiathèques de Seine-Saint-Denis l’ont accueilli pour découvrir et discuter ses textes. L’une des rencontres retient particulièrement mon attention. Valentine Goby lit des extraits de son roman Un paquebot dans les arbres. Elle est accompagnée d’un harmoniciste. C’est à la bibliothèque de Saint-Denis à midi.
Un paquebot dans les arbres
Le roman raconte l’histoire de Mathilde et de sa famille pendant cette période communément appelé les “Trente Glorieuses”. Ses parents sont issus d’un milieu modeste, ils sont cafetiers à La Roche-Guyon. Le père, Paul Blanc, est mélomane, joue très bien de l’harmonica mais tousse beaucoup. Mathilde ne comprend pas bien sa maladie, elle entend des termes “bacilles”, “état bacillaire”. Pour rappel, les bacilles constituent des bactéries de forme allongée « en bâtonnet ». La tuberculose est une maladie infectieuse du poumon liée à la Mycobacterium tuberculosis aussi appelé bacille de Koch. Les malades atteints de la tuberculose sont parfois appelés bacillaires.
Dans les années 1950, Paul Blanc est envoyé dans le sanatorium d’Aincourt car son poumon est malade. Les sanatoriums construits dans les années 1930 sont aussi appelés “paquebots” en raison de leur forme. Le roman de Valentine Goby retrace progressivement la dépossession de la famille de Mathilde, marquée par la maladie et la mort de son père atteint de la tuberculose. A cette époque, les “tubards” comme on les désigne sont perçus comme des pestiférés.

Les Trente Glorieuses ? Pas pour tout le monde.
Le roman de Valentine Goby montre qu’il y a une asynchronie entre l’apparition des soins et leurs utilisations par la population. Malgré la mise en place du vaccin BCG (bilié de Calmette et Guérin) contre la tuberculose et la découverte de la pénicilline en 1928, Paul Blanc ne parvient pas à se soigner.
La pénicilline constitue une toxine permettant de tuer les bactéries infectieuses et notamment le bacille responsable de la tuberculose. Celle-ci est distribuée en faible quantité pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle est plus largement produite à partir de 1945. La découverte de la pénicilline en 1928 n’a pas donné lieu à sa mise en circulation immédiate.
Valentine Goby montre ainsi les écarts qui existent entre les progrès de la médecine et les connaissances réelles de la population mais aussi entre la promulgation d’une loi et son application effective. Au travers du personnage de Paul Blanc, l’auteure raconte l’Histoire méconnue de milliers de personnes atteintes de la tuberculose en France. En effet, beaucoup ne sont pas parvenus à se soigner pendant les Trente Glorieuses malgré la mise en place de la Sécurité Sociale, montrant ainsi que la médecine constitue un objet éminemment social.

Aborder le soin comme enjeu social grâce au roman
Le roman montre que la médecine et son application sont tributaires d’enjeux architecturaux, historiques et sociaux, enjeux qui sont aussi abordés dans cet article sur le site. De telle sorte que le soin constitue un enjeu social à penser de manière diachronique et synchronique. Sur le temps long, les maladies sont traitées dans des environnements qui changent comme le montre l’exemple du sanatorium d’Aincourt. L’existence de certains soins est possible grâce à la Sécurité Sociale et à un contexte politique qui est favorable. Mais au sein même d’une période donnée, l’accès aux soins est traversé par des dynamiques de classe puisqu’une partie de la population ne peuvent en bénéficier.
Historienne de formation, Valentine Goby saisit la singularité des expériences individuelles tout en fournissant un arrière-plan historique très documenté. Dans son roman, l’auteure fait un travail rappelant la microhistoire. Elle s’intéresse à des trajectoires individuelles et familiales pour aborder des problématiques sociales plus larges. Ainsi, c’est le récit de l’histoire familiale de Mathilde qui permet d’aborder les changements structurelles de la société et les pratiques effectives de la population. La médecine constitue les moyens mis en oeuvre pour la guérison, la prévention ou le soulagement des maladies. L’histoire familiale de Mathilde invite à interroger les conditions historiques et sociales de son accès.
NB : Un paquebot dans les arbres part d’une véritable lettre. Mathilde écrit son histoire à Valentine Goby. Cette lettre donne lieu à une rencontre entre Mathilde et l’écrivain puis à une mise en récit de ce témoignage. Mathilde est présente dans le public le 25 mars.
Illustrations : Anne Lathis
La magie de nos amis les produits laitiers
Pour réaliser ma petite protégée, il vous faudra du lait ou encore de la crème, ou même de la crème de lait pour les plus téméraires. Des colorants alimentaires (mais si vous n’en n’avez pas, pas de panique, les cartouches d’encre ou la peinture à l’eau font aussi très bien l’affaire – j’avoue même que la peinture à l’eau est mon petit chouchou, donc si vous avez encore vos fournitures d’Arts Plastiques, vous avez maintenant une bonne raison de les sortir de votre armoire) et enfin du liquide vaisselle ou de la lessive à main (c’est même plus sympa avec de la lessive à main – comme quoi ne pas avoir de machine à laver peut être un avantage). Et voilà, si vous avez ces produits, vous êtes paré.e.s pour l’expérience.

Maintenant :
- Munissez-vous d’un bol, d’une assiette ou que sais-je de creux (si vous n’avez pas ça mais que vous avez tout le reste sachez que vous être bizarre !)
- Remplissez votre bol avec votre produit laitier fétiche, déposez-y quelques gouttes de peinture ou de colorant selon votre humeur (tout est possible, ne vous restreignez pas, vaporisez la peinture, faites des gouttes, des mélanges… bref, ce qui vous passe par la tête, mais visez bien le bol ! Le nettoyage, on aime pas ça…)
- Déposez ensuite dans votre récipient (où bon vous semble, au milieu d’une couleur ou dans une zone laitière) une goutte de produit vaisselle ou de lessive, et contemplez !

GIF me! GIF me!

Avec le lait, la peinture va être propulsée le plus loin possible du liquide vaisselle, avec la crème ou la crème de lait, des petits canaux de peinture vont apparaître. N’est-ce pas sublime ? Moi j’adore ! Et pour recommencer l’expérience, pas la peine de changer son produit laitier, il suffit de mélanger (jusqu’à obtenir à nouveau quelque chose d’homogène, puis de recommencer), bien entendu, lorsque votre lait sera majoritairement composé de colorant, il est possible que l’expérience fonctionne moins bien, mais ça vous laisse une marge !

« avec la crème ou la crème de lait, des petits canaux de peinture vont apparaître. N’est-ce pas sublime ? Moi j’adore ! »
Maintenant, vous allez vraiment en prendre plein les yeux… Et n’oubliez pas d’en prendre plein la tête avec l’explication.
Vous êtes prêt.e.s ? C’est parti !

Premièrement, savez-vous ce qu’est la tension superficielle ? Non ? (si vous avez répondu oui, vous avez quand même le droit à un petit rafraîchissement de mémoire bonus !)
On y va doucement. Un liquide est composé de molécules (qui changent selon le liquide mais fonctionnent globalement de la même manière) et ces molécules sont toutes entourées d’autres molécules. Pour mieux comprendre, on va faire une petite analogie avec vous quand vous prenez le métro pendant les heures de pointe : il y a tellement de monde de tous les côtés que vous n’avez même pas besoin de vous tenir, le contact des voisin.e.s vous suffit à tenir debout. Et bien pour nos petites molécules c’est pareil, sauf qu’elles ont aussi des voisin.e.s de métro au dessus de leurs têtes et sous leurs pieds. La petite pression qu’on subit de la part de ses voisin.e.s et qui nous permet de tenir debout sans être attaché à son voisin (la preuve, vous pouvez, avec un peu de bonne volonté, glisser jusqu’à la porte du métro pour vous en extirpez) s’apparente aux interactions de Van Der Waals ou encore aux liaisons hydrogènes. Mais vous allez me dire : où est la tension superficielle ? Et vous avez raison, mais je voulais avant cela que vous compreniez comment fonctionne un liquide.
Les gaz fonctionnent sur la même analogie à la différence près que nos petites molécules peuvent se balader beaucoup plus librement, comme des biches dans un champ et qui changeraient de direction que lors d’une rencontre avec un arbre, une autre biche ou encore les barrières du champ (s’il y a des barrières).

- La tension superficielle tant attendue !
Les molécules de la surface ne sont pas entourées d’autres molécules du liquide comme leurs voisines du dessous. Pour compenser ce déséquilibre, les molécules de la surface vont tenir plus fortement les voisines de droite et de gauche : on dit qu’elles forment des liaisons fortes avec leurs voisines.
C’est grâce à ces liaisons fortes que la surface de l’eau se comporte comme une fine pellicule plastique et que les insectes peuvent se poser dessus ou qu’on peut y faire tenir une aiguille.
- Et le savon dans tout ça ?
Et bien le savon, qui est un dégraissant, permet à l’eau et l’huile de se mélanger entre eux. Essayer de mélanger de l’eau et de l’huile dans un verre, au bout de quelques secondes les des liquides reprennent leurs places bien distinctes. En revanche, si vous ajoutez du savon et que vous mélangez à nouveau, il faudra beaucoup plus de temps pour que les deux liquides se séparent à nouveau. Ce phénomène se déroule car le savon sépare nos petites molécules d’eau de surface en les empêchant de se tenir les mains. Ainsi, la surface de l’eau (ou du liquide) ne forme plus une petite pellicule, et l’insecte qui pouvait avant se poser, coule. Plus les molécules de surface se tiennent les mains fortement, plus la tension superficielle est élevée, mais plus leurs mains se relâchent, plus la tension superficielle est dite faible. Le savon baisse ainsi la tension superficielle dans la zone où il est déposé : on dit que c’est un tensioactif (il peut faire varier la tension superficielle d’un liquide).

Maintenant que la tension superficielle n’a plus (ou presque plus) de secrets pour vous, j’explique pourquoi nos colorants dansent comme ça.
Nos colorants se sont déposés sur la tête de nos molécules de surface. Donc, en ajoutant le savon, nos molécules de liquide proches du savon vont se lâcher les mains, mais leurs copines proches des bords du récipient (qui elles sont relativement loin du savon) continuent de tenir la bordure du récipient et de tirer vers elles leurs copines. Les molécules proches de la goutte de savon vont donc être tirées vers les bords par leurs copines et tracter avec elles les pigments et les colorants qu’elles avaient sur la tête. Ainsi, nos petits pigments se déplacent vers les rebords de notre récipient.

Pour les « remous » que l’on peut observer quelques minutes après le début de la réaction, je les attribue à des mouvements de convections (le liquide est tracté vers les bords, sur lesquels il vient taper avant de plonger sous la surface du liquide pour ressortir plus loin encore chargé de quelques pigments, les mouvements peuvent être apparentés aux courants marins, sans chipoter avec la température) mais il y a certainement d’autres interactions qui rentrent en compte pour expliquer ses mouvements.

Petit plus : si l’expérience ne fonctionne pas indéfiniment même après avoir mélangé le liquide pour ré-équilibrer la tension superficielle, c’est parce que la tension superficielle obtenue après le premier ajout de savon est plus faible que la tension superficielle d’origine. Donc lorsque l’on dépose un peu de savon une deuxième fois, le contraste entre la tension superficielle des bords et celle autour du savon est encore plus faible, donc le déplacement des molécules est moins rapide et moins spectaculaire (mais pour éviter de gaspiller du lait ou de la crème, vous pouvez quand même reproduire l’expérience au moins 5 fois dans le même bol avant de changer votre lait).

Une apprentie-sociologue chez les scientifiques
Le 11 janvier 2017,
Cela fait dix ans que je n’ai pas mis les pieds dans un laboratoire.
M’étant spécialisée en lettres et en sciences humaines depuis la première au lycée, je garde un souvenir vague de mes cours de sciences, des salles de physique et de SVT, rattachés à un univers maintenant lointain. Je redécouvre ces lieux que j’avais ignorés pendant des années, accompagnée de Chloé et Jérémie, respectivement en service civique et co-président au sein de l’association Wax Science. Nous nous rendons dans les locaux du Centre de Recherches Interdisciplinaires, situés dans la faculté de médecine de Port-Royal. Ces espaces occupés par des étudiants de l’Université Paris-Descartes constituent aussi les laboratoires de l’hôpital Saint Vincent de Paul.
A notre arrivée, nous visitons deux pièces, une salle de classe et un laboratoire. Dans la première, deux étudiants et une étudiante de licence du programme Frontières du Vivant sont là, libres de faire ce qu’ils veulent dans cette pièce sans professeur.e et avec des tables en bois. Je me rends progressivement compte de mes préjugés sur les études en sciences. En effet, la séparation faite de manière systématique entre les arts et les sciences a donné lieu à un certain nombre de représentations, en partie fausses sur les espaces et les manières de travailler des scientifiques et potentiellement des artistes.
Un certain nombre d’éléments dans la salle me font penser à ce qu’on pourrait trouver dans des écoles d’art : de la peinture, des colorants chimiques, une imprimante 3D, des ordinateurs, un appareil photo Reflex. Le lieu ressemble davantage à un atelier expérimental qu’à une triste salle de classe.

Je n’avais jamais pensé que les étudiant.e.s en sciences disposaient de salles de classe pour faire des expériences en autonomie, qu’ils effectuaient des ponts entre les arts et les sciences, que certain.e.s filmaient et prenaient en photo leurs expériences sans être habillés en blouse. Lucile nous propose d’observer une expérience qu’elle filme et photographie. Pour les explications et le déroulé détaillé de l’expérience, je vous renvoie à l’article de Lucile !

En s’intéressant aux changements provoqués par le contact du liquide vaisselle au lait, l’expérience donne à voir des formes abstraites qui se composent progressivement devant nous. À l’explication scientifique se superposent des considérations sur le mélange des textures et des couleurs primaires ainsi que sur le statut et l’usage des images en sciences.

Nous nous sommes ensuite dirigé.e.s vers le laboratoire situé dans la salle adjacente. A l’intérieur de celui-ci, les équipements rappellent le matériel électro-ménager d’une cuisine. Je découvre l’étuve de laboratoire par exemple et en redécouvre d’autres : les boîtes de petri, le microcoscope mais aussi la centrifugeuse en biologie moléculaire !

En sciences sociales, la mesure est l’homme dans son contexte social, bien que cette primauté de l’humain soit parfois remise en question.
Ici, les étudiants et étudiantes s’intéressent à l’infiniment petit et à l’infiniment grand. Face à ce changement d’échelle, les possibilités semblent multiples et l’humain infiniment petit. En tentant de comprendre ce qui ne nous est pas donné à voir à l’œil nu, tout en portant l’attention sur des considérations d’ordre esthétique, les questionnements qui traversent les scientifiques ne sont pas sans résonance à ceux des artistes.
Et les origamis prennent vie !
Des origamis, il y en a partout, dans les séries (la grue de Prison Break, le pingouin de Black Mirror), dans les emballages, dans le design ou certaines techniques de biologie moléculaire, au musée ou comme babioles décoratives chez soi. Roboticien-ne, physicien-ne, biologiste, eux et elles aussi marquent le pli. Une équipe de l’université de Donghua à Shanghai bricole même des prototypes qui, grâce à des pliages bien choisis et des flashs lumineux judicieux, peuvent bouger, se déplacer ou attraper un objet.

Cube écervelé faisant des abdominaux
Bon ok, c’est plus compliqué que du simple papier. Le matériau de base utilisé est le graphène, un polymère de carbone dont la découverte a valu à son auteur le prix Nobel de physique en 2010. Le graphène sera incontournable à l’avenir. On en fait déjà des batteries nouvelles générations ou encore des nanotubes. Parce que le gros avantage, c’est de pouvoir opérer à l’échelle nanométrique (dixalapuissancemoinsneuf). Un nanomètre, c’est un millième de micromètre. Et un micromètre, c’est un millième de millimètre. On est à un tout, tout, tout petit niveau !

Représentation visuelle du graphène (en vert)
Pour arriver à leur fin, Jiuke Mu et ses partenaires ont fonctionnalisé des couches de graphène, c’est-à-dire qu’ils y ont greffé, attaché d’autres résidus : des molécules de polydopamines (PDA) dans ce cas et dans des zones précises. Ces dernières peuvent fixer et relâcher des molécules d’eau, on dit qu’elles sont hydrophiles. En simplifiant beaucoup, voilà ce qui se passe :

On n’en est pas encore tout à fait au bout de papier libre et autonome, faisant sa petite vie tranquille ! Il faut de l’énergie pour créer du mouvement. Les flashs qui sont émis par le laser infrarouge s’occupent de l’affaire en obligeant H20 à se désolidariser de l’ensemble, générant ainsi le pliage. On parle de conversion photomécanique : la lumière entraîne le mouvement !

Hop Hip Hop

On se fait la main..
Pour mieux rentrer dans les détails :
Sources images : https://en.wikipedia.org/wiki/Origami