De la déconstruction des stéréotypes à l’égalité des genres

Avec WAX Science, on cherche à promouvoir une science ludique et sans stéréotypes. On veut montrer que les idées reçues sur la science et le genre sont souvent fausses, que la science c’est chouette, accessible à tou.te.s. Pas besoin d’un BAC +100 en géométrie non euclidienne pour avoir le droit de s’intéresser aux sciences de l’univers, de donner son avis et ses idées sur les avancées des biotechnologies ou sur l’utilité des changements d’heure en hiver. Des jeunes ou des enfants qui s’amusent, créent des jeux et des règles, imaginent des situations et des raisons improbables, organisent et testent leurs idées, apprennent et comprennent en faisant des erreurs et sans forcément beaucoup d’encadrement… c’est peut-être ça avoir l’esprit scientifique ! Et pour bien apprendre et transmettre au sein d’un collectif, ça nous semble logique et indispensable que la mixité et la parité soient à l’honneur, des clefs indispensables pour déconstruire les stéréotypes à l’œuvre dans nos sociétés. Alors on les prend toujours avec nous !

Avant tout, c’est quoi un stéréotype ?!

Étymologiquement, un stéréotype est un fort ressenti, une solide impression à propos d’une situation, d’un objet, d’une activité ou encore de quelqu’un.

Partant de cette définition, il semble normal que plus l’on grandit, plus on accumule des stéréotypes, au fil des expériences vécues. Grandir, faire plein de choses, les répéter, observer et conscientiser, imprimer des façons de faire, s’imprégner de manières de croire, de parler, rencontrer des personnes et des cultures… Prenons un exemple pour éclairer la notion de stéréotype. Imaginez-vous avoir grandi dans une région où toutes les personnes de petite taille courent très vite (ne me demandez pas pourquoi, imaginez juste). Votre expérience vous chuchotera que toutes les personnes de petite taille courent très vite. Or rien ne vous assure que les nain.e.s qui se trouvent en Arctique sont rapides à la course (en plus c’est galère de courir sur la glace). Donc si vous affirmez dur comme fer que toutes les personnes de petite taille courent très vite, vous exprimez en réalité votre propre stéréotype. À tort ou à raison ? Il n’y a pas de mal à s’exprimer librement. Toutes les paroles qui sortent de nos bouches doivent-elles obligatoirement être vraies pour le monde entier ? Ou juste pour nous-mêmes ? Parce qu’on en balance à vau-l’eau et à longueur de journées des stéréotypes, ces généralités des fois élogieuses, parfois médisantes, toujours fausses d’un point de vue épistémologique mais bien réelles et impactantes d’un point de vue social.

 

En prenant un gros raccourci, si on écoute trop nos propres stéréotypes, qu’on attache trop d’importance à notre expérience vécue sans prendre le recul nécessaire pour voir que notre expérience n’est pas forcément la même que celles des autres, le préjugé s’enracine en nous, affecte nos pensées, voire même se transforme en discrimination à la saison de l’extériorisation. D’où viennent nos intolérances, nos passions et pulsions ? La distinction entre stéréotype, préjugé et discrimination aide à clarifier cette progression. Mais alors, quand est-ce qu’on les entend ces stéréotypes ?

Des stéréotypes liés au genre, à la science ?

On parle donc des idées reçues (parfois très répandues) sur les hommes, les femmes et.ou la science. N’avez-vous jamais entendu dire que les femmes ont un mauvais sens de l’orientation mais qu’elles savent mieux faire deux choses à la fois que les hommes ? N’avez-vous jamais entendu dire que les filles sont moins douées que les garçons en mathématiques et en informatique, ou alors qu’elles sont moins compétitives ?

« Les scientifiques sont ces vieux barbus à lunettes avec les cheveux en pétard et une calvitie. »

« La science c’est pour les intellos, pour celles et ceux qui lèchent les baskets des profs ! »

« Je ne comprendrai jamais la psychologie féminine… »

« Les femmes ne sont bonnes qu’à cuisiner et élever les enfants. »

« Les hommes qui travaillent dans le domaine de la petite enfance sont des pédophiles… »

Etcetera, etcetera…

Vous y croyez ?!

Pourquoi les déconstruire ?

L’objectif n’est pas simplement ici de déplorer ces dires et d’attaquer personnellement les personnes qui en sont les auteur.e.s mais plutôt d’aider à créer des échanges pour mieux identifier nos propres stéréotypes, en comprenant leurs origines et leurs liens avec nos expériences personnelles. À partir de là nous pouvons prendre le recul nécessaire pour déconstruire les stéréotypes que l’on juge néfastes, péjoratifs, abaissants pour nous ou vis-à-vis des autres. Faut-il exprimer nos peurs et haines ? nos rêves et ambitions ? Comment faciliter une prise de conscience sur notre vision singulière de la place des femmes et des hommes dans les sciences et la société ? Nous n’avons pas tou.te.s les mêmes avis sur tout, heureusement. Par contre il y a quand même des sujets sur lesquels il faut (apprendre à) s’accorder ! L’égalité entre les êtres humains en est un.

Les rôles modèles

  • Êtes-vous capable de citer une femme scientifique ?

Au moment où vos yeux se sont appesantis ou ont survolé les mots « femme scientifique » le nom de Marie Curie vous est certainement venu à l’esprit. Inspiration centenaire ou flegme de facilité ? Et si on vous demande d’en citer 2 ? 3 ? 5 ? Plus difficile déjà, non ? 10 ?! Et des hommes scientifiques ? On en connaît généralement un certain nombre, même si l’on ne se considère pas scientifique… Pourtant plein de femmes ont fait les sciences d’hier et font celles d’aujourd’hui. Pourquoi ne les connaît-on pas ? Peut-être parce qu’on en entend trop rarement parler. Peut-être parce que dans les manuels scolaires la majorité des scientifiques cité.e.s sont des hommes. Peut-être que les femmes sont plus fréquemment invisibilisées. 

…On en profite pour présenter l’exposition de WAX Les Découvreuses Anonymes, développée en partenariat avec Animafac, pour pallier un peu ce manque de rôles modèles féminins en science ! Et aussi d’autres initiatives comme le projet Beyond Curie ou encore cet article qui présente d’autres rôles modèles. Parce qu’il ne faut pas croire que la mixité et la parité en sciences sont reines en France. Au niveau européen, nous sommes même l’un des pays avec la plus faible proportion de femmes chercheuses (seulement 26% en 2017, source UNESCO).

 

 

Mémorisation et reproduction de la figure complexe de Rey

La figure complexe de Rey a été introduite lors d’une expérimentation menée en 2007 (Stéréotypes de genre et performances cognitives, Huguet & Régner (2007), JEP, 99, 545-560). Deux classes d’enfants d’une dizaine d’années ayant grosso modo le même niveau scolaire sont choisies. À la première classe est proposé un test, une épreuve de géométrie. À la seconde classe, on dit que le test est une épreuve de dessin. Dans les deux cas, les élèves ont quelques minutes pour mémoriser la figure complexe de Rey avant de devoir la reproduire de tête. À la suite de cette expérience, les résultats sont sans appels. Lorsque l’activité est présentée comme un test de mathématiques, les résultats des garçons sont meilleurs que ceux des filles. Lorsque l’activité est présentée comme un test de dessin, les résultats des filles sont plus élevés que ceux des garçons… Et lorsqu’on réitère l’expérience avec deux autres classes, mais que cette fois les filles et les garçons sont séparé.e.s pendant le test, surprise ! Les résultats des filles et des garçons sont semblables, kiff kiff.

Comment peut-on interpréter cette expérimentation ? Est-ce que ça signifie que les garçons sont naturellement meilleurs que les filles pour les mathématiques ? Que les filles sont des artistes dans l’âme comparées aux garçons ? Pas du tout ! Cela signifie avant tout que l’environnement d’apprentissage (mixte ou non-mixte ici) et les manières avec lesquelles on présente ou on accueille une activité sont des facteurs qui jouent énormément sur l’attention et la motivation des élèves. Le poids de la comparaison – en situation non-mixte, les résultats sont équivalents entre les sexes – et les idées (déjà) reçues semblent habiter nos têtes dès le plus jeune âge. À l’entente du mot « maths », à l’idée de faire quelque chose qui ne nous correspond pas, l’envie (et la capacité par la même) d’apprentissage se verrouillerait. En particulier selon l’étude, les filles, quand elles sont avec les garçons, se désintéresseraient et.ou se bloqueraient en maths. Toujours en situation mixte, les garçons s’inhiberaient quand on parle de dessin. D’où vient ce blocage ? Est-ce inné, programmé depuis la naissance ? Un rejet des mathématiques et du dessin, un dégoût des arts et des sciences est-il inscrit dans les gènes ? Ou alors est-il acquis au fur et à mesure, avec les premières expériences négatives et les ouïes-dires comme quoi c’est trop dur ?

On continue ou on arrête de faire genre ?

Pourquoi parle-t-on d’égalité des genres ? C’est quoi la différence entre sexe et genre ?

  • Le sexe désigne les caractéristiques biologiques (chromosomes, organes génitaux principaux et secondaires, systèmes hormonaux et fonctions reproductives) qui différencient les mâles et les femelles.

  • Le genre correspond quant à lui aux caractéristiques non biologiques entre les individus. C’est un concept qui désigne les processus de construction sociale et culturelle des identités masculine, féminine, transgenre, et ceux des rapports sociaux entre les sexes.

Il ne faut pas voir les aspects du sexe et du genre comme exclus ou séparés. L’idée est plutôt d’approcher la question en terme de relations, d’interactions (verbales et comportementales) entre les individus, de même sexe ou de sexe opposé. Oui, au-delà de nos infinies ressemblances, les filles et les garçons sont différent.e.s, idem pour les hommes et les femmes. Grandissons-nous en interagissant différemment avec les hommes et les femmes ? Comment identifier et apprendre à connaître ce qui nous rassemble ? Comment savoir parler de nos différences en les valorisant plutôt que de les taire ou de les opposer ?

Avec les considérables avancées, dès le XIXème siècle et jusqu’à aujourd’hui, dans la compréhension des processus biologiques humains aux échelles tissulaires, cellulaires et moléculaires et au regard de ce qu’il nous reste à découvrir et à comprendre, notamment grâce aux sciences cognitives, notre interprétation parfois archaïque et souvent pompeuse des rôles à jouer par les hommes et les femmes au sein de la société devraient évoluer en conséquence. Si la définition du sexe biologique évolue, la conceptualisation du genre peut s’adapter en conséquence. Par exemple, testostérone = virilité associée exclusivement à la masculinité, ça n’a aucun sens, c’est bel et bien dépassé.

Complexité de la détermination du sexe biologique – entre chromosomes, gènes, hormones, caractères sexuels secondaires, organes sexuels internes et externes. Scientific American

 

Des pistes pour avancer vers l’égalité

Apprendre à parler en public

À l’école primaire, on nous apprend à lire, à écrire et à compter… moins fréquemment à parler ! Et c’est d’autant plus le cas au collège et au lycée. Ce n’est souvent qu’arrivé.e dans le supérieur (et que nous nous sommes prétendument dédié.e.s à une spécialité ou une vocation) que nous sommes formé.e.s à la prise de parole en public. Et pourtant beaucoup de gens vous le diront : exprimer ses idées et ses positions, argumenter autour d’un quiproquo ou d’un litige, extérioriser, verbaliser avec pertinence des situations (des fois toxiques)… ça aide dans la vie.

Alors, réfléchissez-y bien. Pensez-vous que la prise de parole par les jeunes filles et garçons soit équivalente ? Déjà, est-ce qu’on se laisse parler entre nous à 10 ans ? Pas vraiment. Et, selon les contextes, les garçons laissent probablement moins la parole aux filles que l’inverse. Alors, à quand les cours de fresques oratoires et de « bons » bavardages, entre filles et.ou garçons ?! Parce qu’en arrivant à la fin des années collège, par exemple, c’est pas facile d’aborder les thématiques liées à la santé sexuelle et reproductive ou au sexisme.

Ça pourrait plus généralement aider à créer des dialogues fructueux sur d’autres sujets globaux et relevant à la fois de l’histoire, des sciences, de la politique, de la philosophie, des arts, de l’économie.

 

Valoriser la notion d’erreur

La treizième conclusion de l’enquête Apprendre demain, pilotée en 2017 par le Centre de Recherches Interdisciplinaires, propose de faire de l’erreur un outil pédagogique. Que ce soit dans un cadre de formation et d’évaluation, ou dans un contexte d’échanges et de jugements entre potes, le sentiment d’avoir tort ou d’être débile ou moqué.e est vraiment pas dingue, autant que la réflexivité qui en découle par la suite.

Et si on conceptualisait nos erreurs différemment ? Et si on s’autorisait à dire, à faire… et à entendre les critiques d’une bonne oreille ? Sans erreur, aurait-on peur de s’aventurer et d’expérimenter ? Dans la démarche, ça pourrait presque sentir la sérendipité.

 

Écrire en langage inclusif

Connaissez-vous la règle grammaticale qui dit que le masculin l’emporte ? Et bien, nous sommes un certain nombre aujourd’hui à être convaincu.e.s que cela doit évoluer.

Comment voulons-nous que des fillettes se projettent comme mathématicienne ou physicienne si elles n’ont jamais ou très rarement entendu ce mot au féminin ? Comment pensons-nous qu’un adolescent se sent quand on lui dit que le métier qu’il souhaiterait faire se nomme sage-femme… C’est cette utilisation genrée des mots que le langage inclusif essaie de mettre à mal. Un chef se trouve parfois être une cheffe. Alors pourquoi ne pas écrire un.e chef.fe dans les situations où l’on ne sait pas ? – sur une offre d’emploi par exemple…

Pour plus de détails sur le langage inclusif, n’hésitez pas à consulter le guide du Haut Conseil à l’Égalité, Pour une communication publique sans stéréotypes de sexe.

 

Continuer à compter

Compter le nombre de femmes et d’hommes dans les différents milieux, se rendre compte. Comprendre les réalités individuelles qui se cachent derrière les pourcentages, les statistiques et leurs représentations graphiques associées (“Vous avez dit boîte à moustaches ?”) pour faciliter une prise de conscience collective des disparités existantes.

Connaissiez-vous nos projets ItCounts et Parité au Pouvoir ?

On pourrait rentrer beaucoup plus profondément dans les détails des indicateurs de parité pouvant être analysés. Des centaines sont à l’étude et d’autres centaines encore seraient à définir. Mais encore nous faut-il réfléchir à comment établir des interrelations intelligentes entre nos critères, nos objectifs et nos moyens.

L’égalité s’ancrera et progressera à mesure que la mixité et la parité seront étudiées et comprises, quantitativement et qualitativement, comme des facteurs dynamiques. La balance des sexes et des genres est à peine dépoussiérée, reste à mieux y jouer les équilibristes !

 

Quelques Res.Sources

 

Image à la une
Faire preuve de souplesse pour adopter le meilleur point de vue_ Orane TASKY  & Deborah MICHEL

Interview de Séverine Toussaint, doctorante et lauréate du prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science

« La Fondation L’Oréal a organisé le 11 octobre 2017 l’événement « Génération Jeunes Chercheuses », suivie de la remise des bourses 2017 L‘Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO. La Fondation L’Oréal a remis à 30 jeunes femmes scientifiques au parcours d’excellence une bourse afin de les accompagner à un moment charnière de leur carrière. »

Séverine Toussaint, étudiante, que nous avons le privilège d’accueillir dans notre école doctorale, fait partie de ces scientifiques de talent. Autour d’une tasse de café dans le salon du CRI (N.D.L.R. le Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) est un département de formations supérieures et un centre de recherche français rattaché à l’université Paris 5, avec pour orientation principale la triade sciences du vivant, recherches en éducation et technologies numériques), nous avons rencontré Séverine Toussaint pour parler de sa bourse, ses recherches et sa carrière.

Au sujet de l’importance cachée des ongles

On ne peut pas imaginer, juste en regardant nos ongles, leur importance et le nombre de questions qu’ils soulèvent. Mais Séverine Toussaint le fait. Elle cherche à comprendre comment les primates ont acquis leurs caractéristiques clés telles que les ongles et pouces opposables. Et oui, ce sont bien les ongles qui ont défini l’ordre des primates et nous ne savons pas pourquoi ils ont été sélectionnés au cours de l’évolution : quel est leur but en termes d’évolution ? À quoi servent-ils ? Les ongles sont réellement mystérieux.

Je devine ce que vous pensez, et oui, les ongles et les griffes sont bien deux choses différentes du point de vue morphologique et structural.

Bien que nous sachions pourquoi et comment les grands singes utilisent leurs ongles –  sûrement pour une meilleure manipulation des objets et probablement lié au développement de l’intelligence – le mystère repose sur les premiers primates. Et comme les petits primates sont plus représentatifs de l’origine des primates, c’est sur eux que Séverine Toussaint a basé son projet de thèse.

Motivée par la singularité de cette question passionnante à laquelle nous n’avions, cependant, jamais pensé auparavant, et étant maintenant très conscients de nos ongles, nous lui avons demandé son hypothèse sur le sujet. Elle nous a dit que c’était probablement lié à une meilleure locomotion dans les arbres, comme précédemment pensé, mais particulièrement lié à la capacité de grimper sur les substrats verticaux et fins.

C’est cette volonté de tout comprendre, cette curiosité, qui a conduit Séverine à la science :

‘‘Depuis toute petite, j’ai aimé essayer de comprendre les choses, j’ai posé beaucoup de questions : pourquoi cette pomme est-elle rouge ? Pourquoi le ciel est-il bleu ? Plus on grandit, plus on réalise qu’à l’école on nous dit : c’est comme ça, c’est ainsi ! Puis, on commence à lire des livres et on comprend : peut-être que ce n’est pas tout à fait comme ça.

Depuis mon enfance, je suis intéressée par la science et plutôt bonne élève. On m’a donc dit : tu aimes les animaux, tu es une bonne élève, tu dois devenir vétérinaire. Personne ne m’a dit : tu peux être chercheuse. Donc j’ai commencé des classes préparatoires de vétérinaire. J’ai détesté cela. J’ai posé beaucoup de questions et en classe prépa, on te dit : non, c’est comme ça et c’est tout…’’

Puis, elle est allée à l’université, étudiant en Licence de Science de la vie, puis en Master en éthologie (étudiant le comportement d’animaux via différents domaines d’études : environnementale, génétique, biologie, etc…).

Pendant son premier stage, au Muséum National d’Histoire Naturelle, en primatologie, elle a travaillé sur les capacités manuelles de petits primates et en creusant un peu plus ‘‘J’ai réalisé qu’il y a tellement de choses que nous ne savons pas encore, que c’est un domaine très intéressant dans lequel il y a encore beaucoup de choses à faire.’’

La rencontre inévitable de Séverine Toussaint et du CRI

Ne demandant que de la liberté et de l’autonomie, elle souhaitait construire son propre projet de recherche interdisciplinaire. Mais elle ‘‘a réalisé que, dans l’actuel paysage de la recherche, c’est dur de faire cela en étant étudiante.’’

Par chance, quelqu’un au Musée lui a dit qu’il existait une école doctorale qui favorisait les étudiants ayant leur propre projet de recherche interdisciplinaire. ‘‘C’est comme ça que j’ai découvert le CRI. Je me suis dit que c’était parfait pour moi, j’aimais vraiment le style éducatif. J’étais vraiment attirée par l’interdisciplinarité du cursus.’’

Elle a rejoint le Master AIV (Approches Interdisciplinaires du Vivant) : ‘‘Avec seulement mon Master en éthologie, je pensais que ce n’était pas le moment de commencer une thèse. Dans un premier temps, je voulais acquérir plus de connaissances dans d’autre domaines d’études pour être capable de proposer une thèse plus intéressante.’’

Curieuse, désireuse d’autonomie et de liberté, et, par conséquent, à sa place dans le monde de l’interdisciplinarité, la rencontre entre Séverine et le CRI fut une association évidente et productive. ‘‘C’était intéressant que les classes soient faites par les étudiants tous les vendredis ; ça sortait du cadre scolaire pur. J’ai vraiment aimé le fait de faire trois stages dans trois domaines différents : la paléontologie, la physique statistique et l’anatomie. Ça m’a vraiment aidé pour construire mon projet de thèse.’’

Baignées par le soleil de l’après-midi, nous avons continué à discuter à propos de sa vie de chercheuse au quotidien :

‘‘Je n’ai pas de journée type en tant que chercheuse mais plutôt des périodes type : un ou deux mois sur le terrain, travaillant dans un parc zoologique, puis en analysant les données, vidéos et statistiques. Vient alors la phase de paléontologie : études de fossiles, scans 3d. Et je travaille aussi sur le développement d’un capteur de force.’’

Nous n’étions pas au courant de ce dernier projet et avons découvert qu’elle n’est pas seulement une chercheuse mais aussi une inventrice.

‘‘Au début de ma thèse, je me suis demandé si les ongles permettaient une meilleure répartition spatiale des forces. Nous n’avions aucune manière de le tester. Il n’existe pas de capteurs ou ils sont très onéreux. J’ai eu l’idée d’un petit capteur avec des cellules polymères déformables. J’ai donc développé un prototype avec l’OpenLab.’’

Le projet s’est tellement bien déroulé qu’elle a cherché un soutien financier pour aller plus loin. Elle est maintenant la cheffe de projet et continue de travailler dessus avec l’aide de SATT Lutech. Elle a dédié une coupure de 6 mois au lancement du capteur de force. Le capteur est maintenant dans sa phase d’industrialisation.

Cela illustre la force de Séverine : elle voit, dans les questions qu’elle se pose, le début d’une aventure dans laquelle on doit voyager, construire, être « coincé dans la boue » et en apprendre plus sur multiples sujets.

Pour les Femmes et la Science

Quand j’ai parlé de boue, ce n’était pas une figure de style :

‘‘Quand j’ai reçu l’appel me disant que j’avais obtenu la bourse, je rentrais du travail, de nuit – parce que j’étudiais des animaux nocturnes. Je me démenais dans la forêt, couverte de boue, en portant tout mon matériel scientifique et me demandant : pourquoi est-ce que tu fais ça ? À quoi ça sert ? Et c’est là que j’ai reçu l’appel. Diane Baras était à l’autre bout de la ligne et a dit :                                                    ‘‘Tu devrais t’assoir’’ – Je ne pouvais pas m’assoir – ‘‘Tu as la bourse.’’                                                          Il m’a fallu une semaine pour m’en rendre compte. Je n’aurai jamais cru l’avoir. Il n’y a que 15 étudiantes en doctorat sélectionnées parmi 1 500 candidates. Et dans mon domaine d’expertise, c’est encore plus rare. J’ai candidaté dans ma chambre toute seule, avec de faibles attentes.’’

Et la voilà boursière de L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. La bourse représente une reconnaissance bienvenue pour son dévouement et son travail, qu’elle a principalement fait toute seule. C’est aussi une gratification pour son domaine d’études qui n’est pas très connu : elle est la seule à avoir reçu cette bourse dans ce domaine d’études.

Mais la bourse met aussi en avant les femmes dans la science. Pour la deuxième fois, la Fondation donne la parole aux jeunes femmes qui seront les scientifiques de demain. Le programme Pour les Femmes et la Science aide les femmes à briser le plafond de verre. ‘‘Ce programme démantèle les préjugés et promeut la science.’’                      

Séverine ajoute que ‘‘juste en voyant les autres lauréates, les clichés sont brisés : tout le monde avait de différents profils, cursus, origines et histoires.’’       

Récompensés pour l’excellence de leur travail, leurs bourses de 15 000€ seront utilisées pour leurs recherches, permettant aux lauréates de développer leur potentiel et faire de la recherche de manière indépendante : ‘‘Je vais acheter du matériel pour filmer les animaux de manière plus précise.’’.

La bourse représente aussi l’opportunité de transmettre la passion aux plus jeunes. Les chercheuses iront dans des écoles pour susciter l’intérêt des étudiants pour les sciences, en particulier les jeunes femmes. En effet, seulement 17% de femmes travaillent en science et elles ont 3 fois moins de chance de faire un doctorat même si elles ont les mêmes résultats que les jeunes hommes. Et même lorsque l’on réussit à obtenir un doctorat en tant que femme, les obstacles, oppositions et luttes sont multiples. 71% des fonctions académiques les plus élevées sont détenues par des hommes. Même maintenant, Séverine nous a parlé des combats qu’elle doit mener tous les jours uniquement pour être prise au sérieux dans son domaine d’expertise.

À la suite d’un article à son sujet dans Le Parisien, Séverine a même été contactée par son ancienne école pour promouvoir la science. Un voyage qui promet d’être nostalgique. Elle souhaite détruire les préjugés sur la science : ‘‘pas besoin d’avoir des notes excellentes pour devenir chercheuse’’, les filles sont aussi fortes en science que les garçons, les sciences, ce n’est pas juste les mathématiques et la physique : il y a pleins de domaines de recherche et vous pouvez même devenir interdisciplinaire !

Dans le futur, Séverine aimerait faire un post-doc à l’étranger et diriger un laboratoire interdisciplinaire avec un département de physique, un département d’ingénierie, etc…

Article original d’Arianne Baumard en anglais : https://cri-paris.org/news/interview-of-severine-toussaint-a-fdv-doctoral-student-who-won-the-loreal-unesco-for-women-in-science-grant/

Du pastafarisme à la fonte des glaces, entre corrélation et causalité

“Le jeu vidéo rend violent”, “la viande est mauvaise pour la santé”, “la réussite scolaire a un impact sur la réussite professionnelle”, “les OGM sont nocifs”,  “l’altitude est reliée à la température”, “le tabagisme provoque des cancers”, “l’Homme est la cause du réchauffement climatique”, “le sport permet de garder la forme” etc etc…

Toutes ces affirmations récurrentes de la vie de tous les jours sont le reflet du fonctionnement de l’esprit humain et particulièrement de notre organe centre de l’information qu’est le cerveau. En effet, à travers nos études, nos lectures, nos loisirs ou même au travail, nous essayons sans cesse, et parfois même de manière inconsciente, d’établir des connections logiques entre les informations qui circulent chaque jour autour de nous.

Cependant, dans un monde où le numérique multiplie et accélère le flux de ces informations, il devient de plus en plus compliqué de mêler les relations de corrélation et de causalité entre les éléments. Par ailleurs, il faut savoir que les affirmations introductives peuvent également différer dans leur formulation, un point déterminant dans les messages qui en découlent. Face à la réalité scientifique, les argumentaires politiques et médiatiques ne sont donc pas toujours à l’abri des erreurs et confusions, tant par l’utilisation et l’interprétation biaisée des statistiques du.de la scientifique que par leur manipulation par le.la communicant.e.

 

Établir des liens entre les éléments, pas si facile…

Simple. Basique. Pas forcément ! Quelle est finalement la différence entre la corrélation et la causalité ?

 

Deux événements A et B seront corrélés si un lien de dépendance existe entre eux.

Pour la corrélation, trois cas se présentent : la corrélation positive (A et B varient dans le même sens), la corrélation négative (A et B varient dans des sens contraires) et l’absence toute bête de corrélation (A et B varient de manière totalement indépendante).

Exemples :

  • Relation entre l’âge d’un individu et sa taille ⇒ corrélation positive à priori (sauf si des problèmes de santé altèrent la croissance de l’individu).
  • Relation entre l’alcool et l’espérance de vie ⇒ corrélation négative à priori (bien que non dangereux pour la santé à petite dose, “à consommer avec modération” bien sûr !, on n’a pas encore prouvé les bienfaits de l’alcool sur la santé).
  • Relation entre le nombre de Coupe du Monde de football remportées par la France (dédicace à toi Zizou) et le nombre de satellites en orbite autour de la Terre ⇒ absence de corrélation (un jour peut-être qui sait ?).

Cependant, deux événements corrélés ne sont pas pour autant sujets à un rapport de cause à effet ! Notre tendance à confondre les deux porte d’ailleurs un nom : l’«effet cigogne».

 

La causalité, elle, se définit par un lien d’implication d’un événement sur un autre.

L’événement A peut tout à fait être la cause de l’événement B (et c’est l’argument que l’on serait le plus à même de proposer), mais l’événement B peut tout autant être la cause de l’événement A. Sur le même principe on peut aussi imaginer que A est la cause de B et à la fois que B est la cause de A, c’est ce qu’on appelle une causalité réciproque. Enfin, il faut savoir que le lien statistique entre A et B peut s’expliquer par la présence d’un troisième événement qui fait varier simultanément A et B ou bien par le hasard.

Exemples :

Le lien entre la pluie et de l’humidité d’une route. S’il pleut, la route sera à priori mouillée (jusque là, pas de surprise), il y a donc bien un rapport de cause à effet entre la pluie (variable A) et l’humidité de la route en question (variable B). Cependant, ce n’est pas parce que la route est mouillée qu’il a forcément plu, votre voisin.e a très bien pu nettoyer son superbe 4×4 crossover tout équipé, et humidifier la route bordant votre maison. Il n’y a donc pas de rapport de cause à effet entre l’humidité de la route (variable B) et la pluie (variable A).

Le lien entre la richesse d’un pays et le niveau d’éducation. Il serait logique de s’imaginer que plus un pays est riche (variable A), plus il pourra consacrer une plus grande partie de son budget à l’éducation et donc l’améliorer en tant que telle (variable B). Cependant la réciproque peut aussi s’appliquer dans le sens où plus un pays a un haut niveau d’éducation plus la population sera active (variable B) et efficace et produira ainsi de la richesse (variable A). On est donc dans le cas d’une causalité réciproque !

Le lien entre les maux de tête et le fait de dormir avec des chaussures. Il n’y a bien évidemment aucun lien de cause à effet entre ces deux variables, elles sont en réalité reliées par un dénominateur commun : l’état d’ébriété, dû à votre dernière soirée déguisée dont le thème n’avait d’ailleurs aucun sens.

Le pastafarisme. Religion parodique plus ou moins officielle dans le monde, elle devenue un phénomène culturel sur Internet depuis 2005. Mettant en avant une divinité créatrice et surnaturelle sous la forme d’un Monstre en spaghetti volant invisible et indétectable (cf image à la une), la religion fonde le cœur de ses croyances dans ses premier.e.s partisan.e.s : les pirates. En effet, afin de dénoncer le phénomène cigogne de certains groupes religieux, selon lequel les catastrophes naturelles planétaires, les famines et les guerres sont causées par un manque d’attention et de respect face aux divinités, Bobby Henderson (créateur du pastafarisme) proclame que le déclin du nombre de pirates est la cause directe du réchauffement climatique (causé par la colère du Monstre). Bien que corrélées, ces deux variables (à la base de l’idéologie pastafariste on le rappelle) n’ont pourtant aucune relation de cause à effet, un moyen pour Henderson de critiquer les modèles religieux classiques qui «se posent en tant que science».

                                                      

Un sujet au cœur des sciences et de la recherche

Beaucoup de gens en société estiment qu’un sondage ou une étude statistique comportant beaucoup de nombres sont des supports scientifiques et donc tout à fait pertinents et justes. Il est vrai que les statistiques sont au cœur du quotidien scientifique mais sont cependant des outils très vite mal maîtrisés et sources de confusions ou de manipulation.

Ainsi, dans le cadre de la recherche scientifique, des conventions et consensus préexistent et permettent d’attester de la pertinence et de la validité du travail d’un.e chercheur.euse.

En voici quelques exemples :

1 – Tout d’abord, l’échantillon d’individus d’une étude doit être représentatif. Suivant le type d’étude, il est nécessaire que la représentation des caractéristiques des individus de l’échantillon (partie de la population étudiée) soit identique ou très proche de la représentation de ces mêmes caractéristiques au sein de la population (d’une ville, d’un pays, du monde). Pour cela, on constitue généralement les échantillons de manière aléatoire et de façon à ce qu’ils soient suffisamment grands.

2 – Pour effectuer des tests statistiques dans des populations (intentions de vote, habitudes de consommation, représentation des groupes sanguins…), des règles (lois de probabilités, approximations) et indicateurs (moyenne, variance, écart-type, covariance, spécificité, sensibilité etc…) existent et permettent non seulement de manipuler correctement les statistiques mais aussi de juger des ensembles de données et tirer des conclusions au regard des hypothèses avancées sur le problème de départ (la question de recherche).

3 – Afin d’interpréter correctement les résultats de tests statistiques effectués, il est d’abord nécessaire qu’ils soient significatifs. Un indicateur particulièrement connu sur ce sujet est la p-value qui permet d’affirmer ou de rejeter les résultats des tests et donc de valider ou non des hypothèses. Les statistiques n’étant pas des sciences 100% objectives, des mécanismes ont été mis en place tels que des seuils de confiance (à 95%, par exemple) pour limiter les erreurs et les biais d’attribution.

 

Je conclurai cet article en rappelant évidemment que la science et les statistiques restent des domaines dont les savoirs ne sont pas exacts et certains, où la connaissance et la recherche sont toujours en quête d’inspiration, d’amélioration et de remises en questions, où l’ouverture d’esprit est une nécessité.

Cependant, c’est peut-être à chacun.e, aussi bien en tant que producteur.rice.s (de données et de résultats) que de « consommateur.rice.s» d’informations (par les médias) que revient une certaine responsabilité vis-à-vis de la production et de la diffusion de savoirs dans le monde.

 

Dans la continuité de cet article je vous recommande grandement :

  • Une excellente vidéo de DirtyBiology (youtubeur/vulgarisateur scientifique français) sur les polémiques autour des moyens de communication des savoirs scientifiques en société :
  • Le site Internet tylervigen.com qui vous propose une infinité de corrélations les plus absurdes les unes que les autres : http://www.tylervigen.com/spurious-correlations
  • Le seul et l’unique site de la Fédération Pastafariste Francophone très complet et de qualité supérieure pour en savoir sur les dogmes religieux pastafaristes !
  • Le site Internet d’Improbable Research d’humour et de satire scientifique qui propose des sujets de recherches des plus absurdes et innatendus : https://www.improbable.com/. C’est lui qui organise le Ig-Nobel “décerné chaque année à dix recherches scientifiques qui paraissent insolites mais qui amènent secondairement à réfléchir” (Wikipédia).

Les sources de cet article :

Un tour d’horizon des données de février à juillet 2016

An analysis of the conferences in Sciences domain

The first report about our users! From 02/16/2016 to 05/30/2016

Atelier 1 pour des collégien.ne.s lycéen.ne.s sur les stéréotypes de genre dans la science

Les deux ateliers présentés dans la suite de l’article ont été créés par WAX Science pour une classe de 4ème dans le cadre d’un partenariat avec le collège Louise Michel de Faremoutiers. Ils se sont déroulés en deux séances de deux heures à un mois d’intervalle (pour découvrir le ressenti de l’atelier par WAX et les élèves, c’est ici). L’objectif de cet article n’est pas de vous expliquer comment reproduire exactement ces mêmes ateliers avec les mêmes conditions mais de vous fournir des supports (visuels mais aussi des supports d’activités) que vous pourrez adapter à vos conditions (horaires, matérielles) et à votre public !

Si vous avez des questions sur les ateliers présentés, que vous souhaitez avoir accès aux fichiers en d’autres formats (ppt par exemple), il suffit d’un petit mail à waxscience@gmail.com .

Vous trouverez un résumé des ateliers en pdf :  ateliers wax science. Comme pour les autres outils WAX Science, ces ateliers cherchent à aborder ces sujets par un ton ludique et décalé et à impliquer les participant-e-s un maximum .

 

Atelier 1 : découvrir les stéréotypes

Le support visuel pour cet atelier est disponible ici : Atelier Stéréotypes de genre en sciences Partie I

L’objectif de cet atelier est de traiter les questions suivantes :

• Qu’est-ce qu’un stéréotype ?

• Quels sont les stéréotypes des sciences ?

• Qu’est-ce qui véhicule les stéréotypes?

• Comment y remédier?

Vous avez dit stéréotype ?

Le support visuel correspond à plusieurs activités. La première partie a pour objectif de faire comprendre ce qu’est un stéréotype et la différence entre stéréotype, préjugé et discrimination. Après avoir introduit les différentes notions, une série d’images et de vidéos (lorsqu’il s’agit d’une vidéo, le lien est présent sur la diapositive) correspondant à différents stéréotypes est présentée. il s’agit pour les participant-e-s d’exprimer de quelle notion il s’agit (stéréotype, préjugé, discrimination), d’expliciter l’idée reçue, et de donner des exemples de ce que pourraient être les stéréotypes, préjugés ou discriminations associés.  Dans un second temps, les participant-e-s écrivent sur des post-its les stéréotypes qu’ils ont vus ou observés et viennent les coller au tableau. Ceux-ci sont ensuite lus, partagés et triés.

La seconde partie de l’atelier vise à se concentrer sur les stéréotypes de la science. Pour aborder cette notion, il est demandé aux participant-e-s de dessiner une personne faisant de la science. l’exercice venant des États-Unis se dit en anglais « Draw a scientist » ce qui permet de ne pas préciser le genre. Cette exercice fait ressortir les principaux stéréotypes:  un scientifique est un homme, en blouse avec les cheveux en pétard. En présentant les résultats de Google Images pour la requête « scientifique », on comprend que ces stéréotypes sont généralisables. Il est ensuite possible de creuser le sujet à l’aide de chiffres et de remarques. les données présentées proviennent d’une étude réalisée par la Fondation L’Oréal pour son programme Pour Les Filles et la Science.

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La lutte finale

La troisième partie de la séance s’intéresse à la provenance des stéréotypes. Là encore, il est demandé aux participant-e-s d’écrire leurs avis sur des post-its. La majorité des voies de transmission sont souvent citées, et il convient dans la suite d’introduire plus de détails sur chacun de ces moyens.  Au delà des voies de transmission de stéréotypes, un point d’honneur est d’expliquer que c’est aussi l’absence de femmes dans certains domaines qui véhiculent des stéréotypes, d’où le petit quizz sur le sujet. Cette partie s’achève avec un petit jeu ayant pour objectif de transformer les participant-e-s en observateur-rice-s actifs qui peuvent dénicher les stéréotypes. Tous les exemples présentés sont récents.

La dernière partie cherche à aborder le thème de « comment remédier à ces stéréotypes pour finir sur une note positive ». Il s’agit dans un premier temps de présenter les activités de WAX Science, puis d’élargir à d’autres initiatives récentes qui ont les même objectifs. Pour ceux qui souhaitent réaliser ces activités en plusieurs fois, il est conseillé de donner  des devoirs, c’est-à-dire, de faire dénicher aux participant-e-s entre deux séances différents stéréotypes qu’ils peuvent rapporter par les réseaux sociaux ou par mail. Une vidéo d’ouverture est aussi proposée sur le thème « les stéréotypes peuvent-ils être positifs ? ».

Pour un récit de notre expérience avec cet atelier , c’est ici : http://wax-science.fr/les-post-it-de-faremoutiers/. Si vous souhaitez approfondir le sujet, n’hésitez pas à consulter les articles WAX (focus-sur-les-stereotypes-de-genre-dans-science et Stereotypes-et-idees-recues-en-science) ainsi que l’excellent dossier réalisé par les associations femmes et sciences, femmes ingénieures, et femmes et mathématiques : femmes-sciences.

 

Atelier 2 : les effets des stéréotypes

Le support visuel pour cet atelier est disponible ici : Atelier Stéréotype de genre en sciences Partie II

L’objectif de cet atelier est de traiter les questions suivantes :

• Retour sur les thématiques abordées la fois d’avant.

• Quels sont les effets des stéréotypes? (autocensure, plafond de verre, effet golem…).

• Biais de sexe et de genre dans la recherche et l’innovation.

• Bilan des ateliers.

 

Les conséquences des préjugés

La première partie de cette séance s’intéresse à faire un retour sur les activités précédentes. Au-delà de permettre à tout le monde de se remettre dans le sujet, cela valorise l’implication de ceux qui ont « déniché » des stéréotypes. Il est ainsi proposé de réaliser un petit concours pour lequel les participant-e-s élisent « les meilleurs stéréotypes ». On vous propose de leur donner des bonbons ou chocolats comme récompense ! Pour leur montrer, que nous généralisons la prise de conscience des stéréotypes, il est possible de mentionner l’application ItCounts portée par WAX Science.

La deuxième partie a pour objectif de transmettre un certain nombre de notions complexes autour des effets des stéréotypes. Pour cela, les concepts sont introduits par des petits jeux et ensuite explicités. Nous vous proposons de faire écrire les définitions au tableau (ou sur un paper board) par les participants. Nous vous proposons les définitions suivantes mais vous pouvez bien sûr en choisir d’autres.

Autocensure : Se censurer soi-même car on n’est pas conforme, c’est donc souvent ne pas oser.

L’effet golem est un phénomène psychologique dans lequel les attentes placées sur les individus, soit par les superviseurs soit par les individus eux-mêmes, mènent à une performance moins bonne de ces individus. C’est une sorte de prophétie autoréalisatrice.

Le plafond de verre est une expression  désignant initialement les « freins invisibles » à la promotion des femmes dans les structures hiérarchiques.

La première activité introduisant l’autocensure est une adaptation du jeu « je n’ai jamais ». Il s’agit de faire fermer les yeux aux participant-e-s. Des questions sous la forme « je n’ai jamais » sont ensuite posées, si on n’a jamais réalisé cette action, on fait un signe avec ses mains (comme lever la main), les animateur-rices comptent pour chaque question le nombre de réponses positives et négatives. Cela permet de se baser sur des exemples concrets, que tout le monde a vécu pour expliquer ce qu’est l’autocensure. L’effet golem (ou menace du stéréotype) est abordé à travers l’anecdote de l’étude d’un exercice réalisé de façon plus performantes par les femmes lorsqu’il est présenté comme un exercice de dessin que comme un exercice de géométrie. Il est possible d’ensuite généraliser à tous les effets et aux méthodes qui permettent de limiter voir d’éliminer cet effet.

Enfin, pour aborder le plafond de verre, le jeu où est Charline est proposé. Il s’agit de trouver les femmes dans les recherches Google proposées (ceo (pdg) , university dean (président-e- d’université)) et dans la vidéo du congrès des maires. A chaque fois, les femmes sont très peu présentes, ce qui permet d’aborder cette notion puis de la généraliser avec des chiffres.

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Un curieux héritage

La troisième partie de l’atelier s’intéresse aux biais de genre dans la recherche et l’innovation. Pour mieux comprendre ce sujet, n’hésitez pas à aller découvrir le site: http://genderedinnovations.stanford.edu/. L’idée est de faire comprendre que prendre en compte la dimension de sexe et de genre dans la recherche et l’innovation permet d’améliorer les objets de notre quotidien et de faire de la meilleure science. Pour cela, l’idée est de passer par des exemples concrets d’objets ou de services peu adaptés pour un type d’utilisation ou pour un sexe (mannequin pour tester les ceintures de sécurité, panneaux de toilettes  bébés/ hommes …). La question de la recherche est abordée par la vidéo « la Science c’est pour toi », par des maladies très liées à un sexe dans les esprits (crise cardiaque, ostéoporose , cancer du sein),  et par une étude prouvant que les souris de laboratoire ne réagissent pas de la même façon lorsqu’elles sont manipulées par un homme ou par une femme. Cette prise de conscience est prolongée par une réflexion en petits groupes sur ce que ce serait certains objets où la dimension de sexe et de genre serait intégrée. Une restitution est formulée par des petits sketchs.

 

Bilan

L’atelier se termine sur un moment de bilan. De façon générale chez WAX, nous avons remarqué que le premier atelier était plus accessible pour des classes de 4ème. Les sujets abordées dans le deuxième sont bien plus complexes, et les élèves n’ont pas forcément été confrontés à un certain nombre de choses qui sont évoquées. C’est pourquoi nous conseillons, de pourquoi pas, se concentrer sur certains sujets quitte à en laisser d’autres de coté (notamment le plafond de verre). Par contre, pour que tous les élèves puissent s’exprimer, nous recommandons vivement la méthode du post-it  ! De même, nous ne saurions qu’encourager les élèves à participer le plus possible. De notre coté, on a par exemple pour la deuxième séance, ramené des chocolats, effet garanti !

Vous aussi vous réalisez des ateliers sur ces sujets et avez de l’expérience à partager ? Nous sommes preneur-se-s ! N’hésitez pas à nous contacter.