La crevette-pistolet mesure le plus souvent entre 3 et 5 centimètres, à peine la taille d’un petit doigt.
Loin de l’ordinaire, ce crustacé carnivore présente une différence farfelue. Ses pinces sont dissymétriques : l’une des deux est beaucoup plus grosse que l’autre. Et ce redoutable outil lui offre des capacités à peine croyables, un véritable super pouvoir. Les compteurs scientifiques s’affolent…
Wanna say hello to my little friend?
KAMÉ HAMÉ HAHA*
Lorsque la crevette-pistolet fait claquer sa grosse pince, une véritable vague déferlante apparaît et se propage à plus de 100 kilomètres par heure ! L’énergie dégagée paralyse temporairement les petits poissons et planctons à proximité. Elle peut même briser sur son passage la carapace d’un crabe égaré.
On cause barbare en sciences. Pour la faire courte, c’est une histoire de variations brutales de pression et de température dans des petites bulles de liquide et/ou de gaz qui vont très vite. Par exemple :
« La température de l’eau augmente brièvement jusqu’à 5 000 degrés, c’est chaud. »
« L’implosion génère une détonation de plus de 200 décibels : une intensité sonore comparable au décollage d’une fusée. »
Crevethor s’éloigne parfois des membres de sa colonie. Si vous le cherchez bien, vous risquez de glisser sur Gobie1, ils ont pour habitude de crécher ensemble. En effet, leur colocation est optimale. Le petit poisson Gobie creuse un trou grossier dans le sable que la crevette-pistolet Crevethor aménage plus finement avant d’y laisser pondre son sympote2, au calme.
Et puis, une queue de poisson et des antennes pour rester en contact et s’alerter en cas de danger, c’est plus sûr.
Grady Sizemore Foam Finger
Crevethor voit mal à cause de son rostre,
Je répète,
Crevethor voit mal à cause de son rostre.
° Notes
1Comme crevette-pistolet, Gobie est un nom vernaculaire, aussi appelé nom commun. Ils peuvent désigner une ou plusieurs espèces : au moins une demi-douzaine d’espèce de crevette-pistolet, plus de 2 000 espèces de Gobies
2Un.e sympote est un.e pote symbiotique avec qui le kiff est réciproque, c’est un néologisme
Commençons par un rébus : nous recherchons un mot de 7 syllabes, une espèce d’algue microscopique que l’on utilise pour concevoir les petits bâtons de craies.
Alors, une idée ? Un indice, le premier et le dernier dessin représentent chacun deux syllabes…
« Oh, une poussière de bactérie stromatolithique ! » – dixit Nemo
Les Coccolithophoridés
Ce sont donc grâce à eux qu’on fabrique de la craie ! D’une taille microscopique de quelques à plusieurs dizaines de microns (invisible à l’œil nu, des millièmes de millimètre…), ces algues unicellulaires (composées d’une seule cellule) sécrètent tout plein de molécules de carbonate de calcium1 qui s’agrègent, se solidarisent autour de la membrane en formant des motifs stylés : une véritable cuirasse de boucliers, robuste et flexible pour la cellule2.
Dans une mer ou un océan, Cocco a pour habitude de flotter dans les zones proches de la surface, à une profondeur où les rayons du soleil pénètrent encore et permettent la photosynthèse. La photosynthèse chez les plantes permet de créer de l’énergie, grâce à l’énergie du soleil. Une vie déjà bien chargée ! En plus des gros poissons, d’innombrables bactéries et virus (des milliards de milliards, au bas mot), l’aventure peut mener au-devant de dangereux prédateurs : les copépodes, petits crustacés de taille microscopique.
Eudiaptomus vulgaris, une des nombreuses espèces de copépodes formant la base du zooplancton
Heureusement que Cocco est protégé-e par ses coccolithes, entourant chaque cellule de plaquettes calcaires. Leur production est même modulée selon les contraintes environnementales (acidité et salinité, concentration en dioxyde de carbone…), une très belle adaptation.
Serein-e-s, nous avons le temps de rencontrer plusieurs cousin-e-s éloigné-e-s !
Cocco & Cie
Faisons les présentations : Dia & Tom les Diatomées, algues brunes Dino & Flag les Dinoflagellés, algues rouges.
Vous connaissez désormais quelques membres des trois grandes familles influentes du phytoplancton (cocco., diato. et dino.), autrement dit de ces créatures minuscules que sont les planctons ! Nous pouvons les observer à l’œil nu notamment lors des efflorescences algales. Ces proliférations rapides de la concentration d’algues se produisent de plus en plus fréquemment, entre les mois de mars et de juin, notamment au large du littoral européen de la Manche et de la mer du Nord. L’écume blanc-crème laissée par la marée ? Cocco & compagnie pardi !
Looks like sushi time!
Une fois les cellules mortes, les coccolithes coulent, sédimentent dans les abysses et y retrouvent l’armurerie de leurs ancêtres, consolidant petit à petit la roche dont nous nous servons pour fabriquer les tortionnaires de nos tableaux de classe !
Toute guerre a une issue, les armes sont recyclées à cette fin
1 les os des animaux sont quant à eux majoritairement composés de phosphates de calcium
2 on parle d’exosquelette, un squelette externe quoi
L’envol de l’escargot
« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage prennent des Limacina, petits gastéropodes des mers, qui suivent, plutôt lents compagnons de voyage, le navire glissant sur les gouffres amers… » En effet, vous ne le soupçonniez peut-être pas, mais certains escargots sont capables de voler, ou presque.
Ce n’est ni un avion, ni un oiseau… Peut-être Superman, allez savoir. (Flickr)
Certains petits malins devaient s’en douter, car Limacina helicina porte aussi le surnom de « papillon des mers ». Minuscule, la créature appartient au groupe du zooplancton, mais dès sa première description, en 1774, les scientifiques avaient remarqué la particularité de l’escargot : son pied a évolué pour former deux nageoires, ressemblant à des ailes, qui lui servent à se déplacer dans l’eau.
Il aura cependant fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour qu’une équipe prouve que l’escargot méritait bien son titre de « papillon ».
La drosophile marine
Quand un animal de quelques millimètres de diamètre bouge sur près de 100 mm par seconde, difficile d’observer ses mouvements. Aussi, les membres de l’équipe du chercheur David Murphy au Georgia Institute of Technology ont dû faire appel à des caméras haute-vitesse, des lasers et des microparticules réfléchissantes pour observer le « vol » de L. helicina dans ses moindres détails. Et pour en percer le secret.
« Les escargots – comme les drosophiles – frappent leurs ailes ensemble au sommet d’un battement avant de les écarter, » a expliqué David Murphy dans un communiqué, « ce qui aspire du fluide dans l’espace en V entre les ailes pour créer des tourbillons de faible pression au bout des ailes, ce qui génère de la portance. »
Séparément, la drosophile ou mouche alimentaire, et ce gastéropode marin ont appris à se déplacer de la même manière, en adoptant exactement le même mouvement. Les deux animaux sont soumis à peu près à la même contrainte : se déplacer rapidement en bougeant un corps assez léger dans un fluide. Le « hasard » de l’évolution les a donc poussés vers un mécanisme de vol similaire, grâce à un battement de leurs ailes dessinant un 8.
Car oui, nager c’est un peu comme voler. Dans les deux cas, les individus secouent leur membre d’une façon donnée pour « s’appuyer sur » le fluide qui les entoure. Même si vous ne le voyez pas, chacun de vos mouvements déplacent l’air autour de vous. D’ailleurs, les flux d’air autour des ailes des drosophiles en vol n’ayant pas encore pu être modélisés avec précision, les chercheurs du Georgia Institute of Technology espèrent bien que leurs travaux pourront ouvrir cette voie.
Le plus simple serait peut-être de concevoir de petites combinaisons de plongée adaptées aux mouches pour les étudier dans un aquarium, comme les escargots… Bon, je vous laisse, j’ai un sujet de thèse à faire financer.