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Stéréotypes de genre et cannibalisme sexuel chez les araignées

Tu connais certainement l’histoire de la Veuve Noire, cette araignée très venimeuse que l’on rencontre en Amérique du Nord et en Australie.

Si on l’appelle veuve, c’est que les femelles ont la fâcheuse habitude de dévorer leur partenaire sexuel juste après l’accouplement – voire juste avant, ce qui est encore plus frustrant pour le pauvre mâle. Les femelles du genre Latrodectus (le nom scientifique des araignées ‘veuves’ en général) sont donc un peu les Springbreakers du genre animal, sans les bikinis : des femmes fatales, des mangeuses d’hommes. Oui mais voilà : non seulement la réalité n’est pas si simple, mais il se pourrait bien que les chercheurs aient appliqué à leur objet d’étude les idées préconçues qu’ils se font des rapports entre hommes et femmes.

Déjà, prépare-toi pour l’explication rapide mais brutale de l’accouplement chez les Latrodectus. D’abord, le mâle – à peu près deux fois plus petit que la femelle – commence par construire une « toile à sperme ». Il dépose sa semence sur les fils et en enduit ses mandibules (on dit pédipalpes pour les arachnides). Ensuite, il prend son courage à huit pattes et part en quête d’une femelle de son espèce qu’il repère grâce à des indicateurs chimiques. Quand il a trouvé une partenaire, le mâle fait une sorte de danse pour faire vibrer sa toile, s’approche de sa dulcinée, la tapote de toutes parts et – si tout se passe bien – lui insère ses mandibules recouvertes de sperme dans un orifice prévu à cet effet. Si tu as bien suivi en SVT, c’est le moment crucial. Si personne n’a été démembré et grignoté à ce stade, le mâle continuera de chercher des meufs et mourra de vieillesse un an plus tard au maximum.

Certaines araignées-veuves, notamment la Veuve Noire américaine, dévorent effectivement leur partenaire mâle avant ou après l’accouplement : une façon pour l’espèce de sélectionner les mâles les plus aptes à la reproduction. Mais un travail de recherche récent, mené à l’Université Masaryk en République Tchèque, montre que chez plusieurs espèces de veuves (notamment Micaria Sociabilis), c’est le mâle qui dévore le plus souvent la femelle. Les mâles les plus agressifs sont ceux nés en été et les femelles les plus vieilles seront sûres d’être dévorées. On n’aime visiblement pas les cougars chez les araignées. C’est logique, puisque un jeune âge, de même qu’une taille importante, sont des facteurs déterminants de la qualité de reproduction chez cette espèce. Les mâles sélectionnent donc eux aussi les meilleures partenaires en mangeant les autres.

 

Le cannibalisme sexuel existe aussi chez les insectes, comme la mante religieuse (a priori, pas chez l'Homme).
Le cannibalisme sexuel existe aussi chez les insectes, comme la mante religieuse (a priori, pas chez l’Homme). [Photo: Wikimedia Commons]

Pas facile de conclure sur les rapports de genre chez les animaux ! D’autant qu’une étude publiée dans le Journal of Animal Behaviour montre que, dans 47 papiers sur le cannibalisme sexuel chez les animaux, les femelles sont toujours décrites en termes négatifs : « prédatrices », « agressives », « voraces » par les chercheurs (qui sont souvent des humains mâles). Les mâles, à l’inverse, sont décrits avec des mots comme « sacrifice » ou « tentative de fuite ». L’idée que les mâles Latrodectus se sacrifient implique une idée de noblesse et d’altruisme, ce qui est assez idiot à propos d’araignées. Une étude de 2011 révèle que, chez certaines espèces, il y aurait des avantages biologiques à long terme à être mangé, comme une progéniture en meilleure santé. Enfin, on sait que les femelles mangent parfois leur mec parce qu’elles sont affamées ; de même qu’un mâle privé de sexe trop longtemps approchera plus facilement une femelle qui a l’air d’avoir un peu trop faim.

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